Etude : les pratiques d’évaluation des formations en France et au Québec
Dans le domaine du management, certains sujets sont plus confidentiels que d’autres. L’évaluation des formations en fait partie. Pourtant, à l’heure de la recherche permanente d’une meilleure performance, les entreprises se doivent de mesurer l’efficacité de leurs formations et de l’organisation attenante. A l’occasion de la parution d’une étude comparative des pratiques d’évaluation des formations en France et au Québec, nous avons interviewé Jonathan Pottiez de la société Formaeva.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis directeur de la recherche chez Formaeva, société spécialisée dans l’évaluation de l’efficacité des formations et qui édite une solution web dédiée.
Du fait de notre activité, nous menons régulièrement une veille sur les pratiques d’évaluation des formations dans les entreprises. Il en ressort des études permettant de mettre en lumière l’état de ces pratiques et leur potentiel d’évolution.
Pourquoi cette étude ?
Nos précédentes études ont montré que les pratiques d’évaluation des formations en France étaient faiblement développées. Nous avons simplement voulu vérifier si les pratiques étaient aussi peu développées ailleurs. Nous avons choisi le Québec car nous voulions vérifier si les bonnes pratiques RH que l’on y retrouve généralement (notamment en matière de gestion stratégique des RH et de mesure de la performance RH) touchaient également à la formation et à son évaluation.
Que retirez-vous des résultats ?
L’enseignement principal de cette étude est que les pratiques d’évaluation des formations au Québec semblent légèrement moins développées qu’en France. Toutefois, il convient de rester prudent : d’une part parce que les écarts demeurent faibles, d’autre part parce que les professionnels québécois semblent plus familiers du modèle de Kirkpatrick (qui a servi de référentiel théorique pour cette étude) et, donc, plus proches de la réalité de leurs pratiques. Par exemple, ils ont bien compris qu’évaluer le transfert des acquis de la formation (niveau 3 de Kirkpatrick) à l’occasion d’un entretien annuel n’était pas une méthode valide et, donc, ne pouvait être réellement comptabilisée comme une pratique « formelle » d’évaluation à ce niveau.
Quels sont les points à améliorer, ici en France, en matière d’évaluation des formations ?
En France au Québec, il me semble que les professionnels des RH et de la formation ne considèrent pas toujours l’évaluation de la formation comme un processus. Nous avons tous en tête l’exemple (trop) fréquent du questionnaire « papier » distribué un peu trop rapidement en fin de formation, rempli à la hâte par des participants pressés de quitter la salle pour de multiples raisons, et dont les réponses demeurent insuffisamment exploitées. On en conclut donc que l’évaluation « à chaud » ne sert pas à grand-chose et l’on se pose des questions sur l’évaluation « à froid »… Cette façon de faire décrédibilise autant l’évaluation que la formation elle-même.
Evaluer sérieusement et pertinemment ses formations implique d’avoir une véritable réflexion en amont : pourquoi voulons-nous évaluer les formations ? Pour démontrer quoi ? Pour mener quelles actions ? Pour communiquer quels résultats et à qui ? etc.
Une fois ce travail de réflexion mené à bien, il convient de lier le processus d’évaluation au processus de formation existant. Ainsi, de l’analyse des besoins émergeront des objectifs de formation concrets, qui structureront entièrement les actions de formation. Combien voit-on aujourd’hui de formations dépourvues d’objectifs de formation décrivant des comportements devant être observables et mesurables en situation de travail ? Certains diront que tout ceci n’est que du bon sens, mais pourtant cela est loin d’être la norme.
En aval, un système d’évaluation des formations bien pensé permettra de collecter toutes les données nécessaires pour répondre aux questions formulées en amont (sur le pourquoi de l’évaluation). Evidemment, l’informatisation du système permettra de générer des économies substantielles (de papier, de temps, d’argent…) en plus d’améliorer la qualité des données recueillies (plus grande franchise des répondants) et de faciliter la diffusion des résultats (dans une logique de valorisation de la fonction formation).
Les axes d’amélioration concernent donc tant la façon dont nous gérons la formation (de l’amont à l’aval) que les outils que nous mobilisons pour nous faciliter la vie…
Merci Jonathan pour cette interview !
Pour télécharger l’étude : étude comparative des pratiques d’évaluation des formations en France et au Québec