Impliquer stratégiquement les digital natives à travers un Comex miroir

Digital natives en ComexQuand projet stratégique rime avec implication des jeunes talents… C’est le pari qu’a fait Havas Media en donnant pleine confiance à ses digital natives à travers la mise en place d’un Comex miroir où les jeunes ont toute la liberté de réfléchir et s’exprimer quant au fonctionnement et à l’avenir de leur entreprise. Un projet qui a fait l’unanimité au sein de l’entreprise, si bien qu’il va être renouvelé… Stéphane Guerry, Directeur Général de Arena Media, et Delphine Castanet, Directrice des Ressources Humaines Havas Media Group ont accepté de répondre à nos questions et de partager leur vision du projet.

Manager GO! : Pouvez-vous nous présenter l’expérience « shadow cabinet » ? Quel est l’objectif de ce projet stratégique ?
S. Guerry/D. Castanet : En septembre 2015, à l’initiative de Raphael De Andreis, DG Havas Media Group France, Havas Media a décidé de se doter d’un Comex miroir composé d’une trentaine de millénials, femmes et hommes, parmi les jeunes talents issus de tous les métiers du groupe : du conseil à l’expertise, du social au mobile en passant par le trading programmatique, le juridique à la finance et aux ressources humaines.
Ce projet est né du constat que l’avenir d’une entreprise innovante ne peut se faire sans la réflexion & la décision de ceux qui l’incarneront demain ; l’objectif étant donc de les impliquer davantage dans la vie de leur entreprise.

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Stéphane Guerry – Directeur Général de Arena Media

MGO! : Comment ce projet a-t-il été présenté aux salariés? Comment sont choisis les jeunes ? Est-ce sur la base du volontariat ?
S.G./D.C. : Ce projet est également le résultat d’une étude interne menée auprès d’une trentaine de millenials par le cabinet Boson Project qui a montré que les jeunes souhaitaient prendre une part plus active dans la vie de leur entreprise.
Les jeunes de tous les départements de l’entreprise ont ensuite été identifiés avec l’appui des managers et des ressources humaines. Le projet leur a été présenté individuellement, libre à eux ensuite de choisir d’y participer ou pas.

MGO! : Comment se déroule une réunion du shadow Cabinet? Qui sont les sponsors qui accompagnent les jeunes? A quelle fréquence ces réunions ont-elles lieu ? Quelle ambiance dans ces meetings?
S.G./D.C. : Les réunions se tiennent mensuellement pendant deux heures. Elles se déroulent de la manière suivante :

  • PARTAGE + /- 20 mn
  • FEEDBACK + /- 30 mn
  • BUZZ + /- 10 mn
  • DISRUPT + /- 15 mn / groupe

Des managers clés sont invités à intervenir lors des réunions, notamment sur la partie Feedback. Au cours de l’année, chaque groupe est parrainé dans son projet Disrupt par un ou plusieurs managers choisis en fonction du type de projet.
L’ambiance est très dynamique, sérieuse mais détendue, les échanges directs et constructifs. Il s’agit d’une réunion d’écoute et de partage. Les millénials sont invités à s’exprimer en toute liberté, l’objectif étant d’avoir leur avis en toute franchise. Ils ne s’en privent d’ailleurs pas.
C’est une génération qui n’a pas peur de s’exprimer, même lorsqu’ils sont en désaccord. Cela a donc permis des échanges très riches.

Delphine Castanet

Delphine Castanet – Directrice des Ressources Humaines Havas Media Group

MGO! : Quel a été le ressenti, les enrichissements personnels et professionnels pour les digital natives? Pour le Comex? Pour l’entreprise dans sa globalité ?
S.G./D.C. :
Pour les millenials : Le sentiment d’être écouté et entendu, d’avoir une place centrale, de compter dans le groupe, de pouvoir exprimer ses idées sans filtre hiérarchique.
A titre individuel, se sentir valorisé, responsabilisé, pour certains, l’acquisition d’une plus grande confiance en soi, notamment dans l’expression orale en public.
Pour le Comex & l’entreprise : avoir une façon nouvelle d’aborder les problématiques actuelles de l’entreprise et une manière différente et plus novatrice d’y répondre.
C’est également une manière de fidéliser cette population plus opportuniste en leur proposant un projet impliquant qui leur permet de sortir de leur quotidien en prenant de la hauteur. C’est d’une certaine manière insuffler du sens dans leur travail. Un moyen de prendre de la hauteur et réfléchir plus à 5 ans qu’à 1 an.
Mieux comprendre les attentes de cette génération, mais aussi, imaginer les services qu’ils vont utiliser demain pour améliorer la pertinence de notre conseil média.
L’un des bénéfices inattendus a aussi été leur découverte des autres métiers et expertises au sein du groupe. Indirectement, cette découverte, qu’ils ont plébiscitée, facile aujourd’hui la collaboration, préoccupation centrale pour le groupe, entre différents départements et entité du Village Havas.

MGO! : La première édition a remporté un franc succès. Pouvez-vous nous dire concrètement les disruptions que cela a apportées ?
S.G./D.C. : Les 5 projets, tous validés par le Comex, nous font avancer et nous disruptent sur les champs suivants :

  • Nos offres et modèles d’agence
  • Le glissement vers la création de plateformes de services, d’application centrales dans la vie des gens et donc dans leur consommation média avec, notamment, un « BlaBlaCar de l’entertainment »
  • L’amélioration de l’image de la publicité et de ses formats digitaux souvent perçus, à juste titre, comme intrusifs
  • Notre capacité à innover via de nouvelles formes de collaboration avec l’écosystème de start-ups français.

MGO! : Vous renouvelez le projet. Qu’attendez-vous de cette deuxième édition? En synthèse, avez-vous apporté des changements au dispositif ?
S.G./D.C. : Nous attendons encore plus d’idées, que ce soit par rapport à l’ADN même de l’entreprise et de la manière dont elle fonctionne aujourd’hui (ex : mise en place de nouveaux process etc.) que par rapport à des idées liées au monde de la communication & des médias en général.
Il n’y a pas de changements mais si la promotion 2 souhaite avoir un modèle différent et nous propose des améliorations, nous serons là pour les écouter et nous adapter si besoin. Encore une fois, il s’agit d’un programme basé sur l’échange.

MGO! : A terme, cette expérience s’inscrira-t-elle dans la culture et le mode de fonctionnement de l’entreprise ?
S.G./D.C. : La deuxième promotion vient d’être lancée et nous nous apercevons que les nouvelles recrues ont toujours plus d’idées et de motivation. Les sujets de Disruption ne semblent donc pas épuisés. Tant que cela sera ainsi, nous continuerons. Toutefois, le programme peut évoluer et s’adapter  en fonction des promotions. Il s’agit d’un programme d’échange avant tout, nous pouvons donc le faire évoluer en fonction des propositions de nos millenials.

MGO! : Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui souhaiterait mettre en place une telle démarche ?
S.G./D.C. : Tout d’abord, une telle démarche doit venir de l’envie conjointe de ses jeunes collaborateurs et de sa Direction de partager et faire grandir la société dans une même direction. Ce type de programme ne peut fonctionner sans cela. La première des choses à faire est donc probablement d’interroger un échantillon de jeunes et de leur demander de quelle manière ils ont envie de s’impliquer dans la vie de leur entreprise. La seconde consiste à s’assurer que l’entreprise est bien prête à changer et mettre en application les idées avancées. Sans cela, la démarche se retournera contre l’entreprise en générant frustration et démotivation.
Ensuite, nous avons opté pour un shadow cabinet, mais il existe d’autres formules possibles pour impliquer ses millenials. Le programme tel que nous l’avons conçu chez HM Group est lié à notre ADN et à notre culture d’entreprise, mais il ne peut sans doute pas s’appliquer partout. Reste à chacun de trouver la bonne formule.