Comment détecter un « bon » manager ? Le point de vue de psychologues

Publié le 27/03/2012 - Mis à jour le 09/01/2017

Point de vue de Carole Blancot

Si vous demandez à un psychologue de répondre à la question « Comment détecter un ’bon’ manager ? » il y a fort à parier qu’il vous réponde comme suit :

Pour vous répondre, je vous propose de m’indiquer ce que vous attendez précisément de moi :

  • - La méthode expérimentale et un protocole d’analyse statistique des données recueillies auprès d’échantillons représentatifs de la population (en laboratoire et milieu naturel avec un groupe contrôle).
  • - La méthode de la dynamique des groupes (intra ou inter-entreprises) qui visera notamment à l’émergence de leaders et à l’analyse de la prise du leadership.
  • - La méthode théorique par la clarification, vulgarisation et transmission des apports théoriques de chacune des disciplines de la psychologie.
  • - L’intervention-formation pratiquée dans votre entreprise pour analyser la demande et le besoin associés au sens que revêt l’expression ‘bon manager’ dans votre contexte suivie éventuellement d’une action d’ingenierie de formation.
  • - La conception/l’étalonnage/la passation d’un test d’aptitude (fiable, sensible, valide) pour les individus volontaires pour se prêter à l’exercice de l’évaluation.
  • - Etc.

Dans cet article nous vous proposons simplement de mettre l’accent sur notre bon sens et des déductions issues tant de notre vécu que de notre expérience professionnelle en tant que simple salarié(e).

Il est finalement assez aisé de définir celui (ou celle) qui est, pour soi, un ‘bon’ manager en apportant des éclairages sur celui ou celle qu’il ne doit pas être.

Nous devrions trouver facilement un consensus sur ce que n’est pas un ‘bon’ manager :

  • - Celui qui regarde sa montre le matin lorsqu’il vous arrivez et le soir lorsque vous partez (il existe des pointeuses très efficaces).
  • - Celui qui se laisse instrumentaliser par son propre manager et qui, pris en étau entre deux besoins antagonistes, perd son objectivité, pouvoir et même utilité vis-à-vis de vous.
  • - Celui qui perd son impartialité en acceptant de se laisser manipuler par un membre de l’équipe.
  • - Le manager qui applique des traitements de faveur sera, au mieux, jugé « bon » manager pour celui ou celle qu’il favorise mais sans doute pas pour celui/celle qu’il défavorise. Finalement la notion de « bon » manager devient très relative dans ce contexte.
  • - Celui qui justifiera d’un air embarrassé :
    • la différence de salaire entre vos collègues et vous,
    • avoir oublié de vous proposer la mobilité ou promotion que vous attendez depuis des années.
  • - Celui qui vous demande tous les jours si vous êtes une femme de retour de votre congé maternité « quel âge à ton/votre enfant déjà ? ». Il s’attend sans doute à ce que vous fassiez comme sa propre femme un autre enfant. Il a certainement besoin de décider à qui confier la prochaine promotion (un homme, sans doute, du coup).
  • - Celui qui vous fait comprendre que pour obtenir l’augmentation que vous demandez il vous faudra coucher.
  • - Celui qui vous reproche de ne pas avoir atteint vos objectifs mais sans avoir préalablement défini ceux-ci (ailleurs que dans sa tête ?) et sans vous les avoir communiqué (par écrit).
  • - Celui qui vous hurle dessus parce que ses parents ont oublié de lui apprendre à se contrôler.
  • - Celui qui vous sollicite par mail, sms, appels… sans se soucier de votre vie privée et sans respecter les horaires figurant sur le contrat de travail qu’il vous a fait signer.
  • - Celui qui vous prendra en otage dans le registre de l’affectif et qui vous place dans la délicate situation de devoir compenser ses carences.
  • - Celui qui vous impose le conflit intrapsychique en attendant de vous des actions contraires à votre éthique.
  • - Celui qui ne sera jamais votre manager parce qu’il a écarté votre CV en vous discriminant dès la phase préalable (pour des raisons raciales, sexuelles, physiques…) ? 

Avec un peu de bon sens et en lisant cet article vous devriez être en mesure de repérer le ‘mauvais’ manager et donc de décider de ne pas le choisir pour manager !

Pour conclure je dirai finalement que le ‘bon’ manager est peut-être celui qui l’ignorait mais qui s’est entendu dire un jour « Je te serai éternellement dévouée parce que sans toi je serais encore sans emploi ». Ce à quoi il a répondu « Je veux bien croire qu’en état une femme, noire de peau, de religion musulmane et portant le voile, avec un statut d’handicapée, tu as dû faire grincer quelques recruteurs Français ! Tu m’as prouvé que j’ai eu raison de te faire confiance parce que tu es la collaboratrice la plus performance que j’ai jamais rencontré ».

Toute ressemblance avec des faits réels n’est que pure coïncidence.


Carole Blancot
Carole BLANCOT
est diplômée d’un M2 de Psychosociologie clinique (Numéro ADELI : 78 93 1059 6). Elle a occupé des fonctions de consultante en RH, chef de produits,responsable marketing & communication et directeur marketing. Passionnée depuis toujours par la gestion des ressources humaines et les technologies de l’information associées aux processus de gestion des RH, elle s’intéresse aujourd’hui aux stratégies d’appropriation d’Internet par les entreprises. Elle est bloggeuse depuis juillet 2009 (http://gestionpaiegrhquichoisir.com/&http://caroleblancot.com/) et Community Manager de http://www.spotpink.com/

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Point de vue de Valérie Bergère

Un autre psy dirait, le bon manager, c’est le promouvant, le démocratique, le délégatif, le vert, le triangle-carré…

Selon moi, le « bon » manager n’admet aucune case. Elles sont toutes trop étroites pour lui.

Certes, il peut trouver intéressant ou amusant qu’on lui propose une étiquette sur laquelle s’appuyer et souffler un peu mais en réalité, il se sait avant tout inclassable !

Inclassable car il a ses façons bien à lui de concilier les inconciliables et d’y mettre de son « humanité » : ouvert au dialogue aujourd’hui et isolé dans son bureau demain, directif un jour et flou plus tard …

Le « bon » manager est un être qui vit, dans le flux des événements, avec ses semblables (car il voit autrui comme ses semblables) pas une figure carrée dans un livre de parfait leader !

Certes, il a généralement expérimenté que :

  • - Se rendre visible au sein de l’entreprise et se faire reconnaître par sa hiérarchie est incontournable. Sinon, pas de marge de manœuvre pour avancer avec son équipe et la faire réellement exister.
  • - Ce qui marche avec un l’un ne marche pas forcément avec l’autre : aucun systématisme possible mais une nécessaire co-évolution.
  • - La motivation ne se décrète pas : elle se provoque, souvent par tâtonnements.
  • - Theodore Roosevelt a sûrement raison : « Le meilleur manager est celui qui sait trouver les talents pour faire les choses, et qui sait aussi réfréner son envie de s'en mêler pendant qu'ils les font. »
  • - Le « positif à tout prix » freine plus qu’il ne stimule. C’est d’abord la prise en compte des difficultés qui fait relever la tête.
  • - L’être humain est intelligent : introduire une demande par une flatterie (« il n’y a décidément que toi qui… d’ailleurs, je me demandais si tu ne traiterais pas ce dossier… ») est une grossière manipulation qui ne prend plus. Pas plus qu’une promesse de sécurité devant l’avenir.
  • - Autorité n’est pas un mot tabou : fermeté dans certaines décisions, nécessité de trancher au risque de déplaire, solitude face aux décisions difficiles sont souvent des défis.
  • - Soutenir l’équipe quoi qu’il advienne, même contre les foudres d’un codir sous pression est une priorité : au moins un cap indéfectible !
  • - Les réussites de chacun et de tous attendent au moins une minute de gloire. Toujours.

La check-list de ses découvertes serait interminable et peut-être d’ailleurs bien différente de celle-ci car ce manager apprend sans cesse des autres, s’expose, antennes déployées, à l’affût de ce qui pourrait donner envie,  créer un sens authentique, mettre en mouvement et en relation.

Le « bon » manager peut être aussi celui qui prend plaisir à se laisser surprendre par ses équipes : il n’a aucune envie de tout savoir (quelle horreur un tel encombrement !) et se réjouit de la diversité dans les regards, les idées, les erreurs… il s’étonne alors « je n’y aurais jamais pensé ! », « Je ne le (la) voyais pas comme ça ! ». Parfois un peu vexé mais pour la bonne cause !

Bien sûr, il aimerait parfois que les choses soient un peu plus lisses, plus prévisibles, que le changement n’en appelle pas un autre dans la foulée, qu’on le comprenne immédiatement, que le travail soit bien fait du premier coup. Mais il est aussi philosophe et a renoncé à vouloir agir sur tout, maîtriser ce qui échappe et tente chaque jour d’accepter qu’il faille parfois du temps.

Finalement, le bon manager est un être humain bon ! Non, pas un béni-oui-oui mais un professionnel qui se positionne clairement, avec exigence, sur le terrain de la bienveillance parce qu’il est convaincu qu’elle est un passage obligé vers la performance et la création de valeur durable. Valeur pour l’entreprise, l’expansion économique, l’individu mais aussi pour une certaine forme d’évolution sociale.

Un dernier point si l’on veut être juste : il faudrait rappeler qu’il n’y a pas de « bon manager » en soi.

Il y a des managers qui, dans un contexte donné, vont provoquer des réussites. En d’autres lieux et d’autres temps… plus difficile de savoir !

Valérie Bergère

Valérie Bergère est psychologue des organisations (Ecole de Psychologues Praticiens) et formée depuis 8 ans à l’Intervention Systémique Brève (Ecole du Paradoxe).

D’abord consultante en recrutement puis en accompagnement des restructurations (Groupe BPI), elle développe, depuis 1998, une activité spécialisée dans le renforcement des compétences managériales (Excamino). Elle est aujourd’hui co-fondatrice du Gymnase du Management, éditeur de ressources pédagogiques sur le web et organisme de formation à vocation « Blended-learning ».

 

 Gymnase du management

 

13-15 rue Taitbout – 75 009 Paris

Tél : 01 77 72 65 98 / 99

www.gymnasedumanagement.com

Twitter : @legymnase

 

Cet article est cité sur le blog de Carole Blancot et le site du Gymnase du management.

 

Savez-vous “Comment détecter un « bon » manager ?

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