Actualités et réflexions sur le management et l'entrepreneuriat

Le manager atypique… ce chef venu d’ailleurs

© beachboyx10 - Fotolia.com
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Dans une société formatée où les normes sont lois, il est certains individus, fréquemment qualifiés d’ovnis, qui intriguent, parfois dérangent, déroutent, mais qui bien souvent finissent plutôt par forcer le respect et l’admiration, car ils ont su renverser leur destin.

Ces personnes sortent des cadres définis parce qu’elles se sentent depuis toujours différentes de leurs congénères et qu’elles ont su faire de cette distinction une force et une véritable philosophie de vie.

Le contraste saute parfois aux yeux – origine, couleur de peau, handicap physique, genre, style vestimentaire, âge… – ou présente un caractère moins flagrant, se révélant au contact de ces êtres à part – parcours professionnel, cursus scolaire, pratiques managériales, etc. Une originalité face aux archétypes en vigueur, qui aura été mise en valeur, utilisée comme un véritable atout et finalement connu un triomphe certain.

La différence, un atout inestimable

Nos sociétés sont basées sur des normes, sortes de modèles de référence à tous niveaux, qui permettent de comprendre, jauger, analyser, qualifier, récompenser, hiérarchiser… Or, aujourd’hui, sous des climats économiques moroses et un contexte mondial en pleine dépression, nombreux sont celles et ceux qui cherchent une bouffée d’air frais. Nous le voyons et l’entendons de toutes parts : il nous faut réussir à entrer dans l’ère du changement. Et ce dernier commence par l’acceptation de la différence, quelle qu’elle soit !

S’ouvrir à la différence, c’est d’abord se montrer tolérant. C’est également faire fi des a priori et autres préjugés. C’est également montrer une certaine curiosité positive, adopter un angle de vision autre que celui inculqué, dépasser les limites. Finalement, c’est faire preuve d’intelligence, tout bonnement. L’idiot du village n’est autre que celui qui n’est jamais sorti de chez lui et ne connaît pas grand-chose…

Une originalité au service de soi-même… et des autres

Ainsi, parce qu’il est différent, le manager atypique est avant tout doté d’une curiosité positive insatiable.

Il a depuis toujours dû analyser ses « semblables » pour pouvoir vivre tant bien que mal à leurs côtés et a ainsi acquis cette soif de connaissance ainsi qu’une fine analyse de son environnement. Des comportements qui sont devenus naturels chez lui. La distance par rapport aux autres, à laquelle il s’est habitué, lui permet de percevoir mieux que quiconque ce qui n’est habituellement perceptible que par certains yeux professionnellement formés à cet effet. Ne dit-on pas qu’il faut savoir prendre du recul pour avancer ? Eh bien grâce à leur différence, les êtres atypiques font cela de manière quasi instinctive.

Pour ces mêmes raisons, le manager différent s’investit de façon plus naturelle dans sa tâche, devenue passion. Son statut d’atypique l’ayant conduit à une solitude souvent pesante, il a besoin de s’intégrer et sera ainsi plus impliquée dans ses responsabilités tout en tenant compte d’autrui. Ainsi, et parce qu’il a besoin des autres pour comprendre et s’intégrer, un tel manager aura inéluctablement un style de management beaucoup plus juste et plus humain que ses collègues « normaux ».

Parce qu’il sait observer ses collaborateurs objectivement – étant plus ouvert par nature, lui ne porte pas le poids des conventions comme ses congénères – et avec un regard neuf et un angle de vision inhabituel, il sait en faire jaillir le meilleur et adapter ses encouragements.

L’Humain au cœur de la relation

Le manager atypique, avant d’arriver là où il est, a essuyé bien des revers et connu bien des désillusions, que ce soit dans sa vie personnelle ou professionnelle. Combien de regards d’incompréhension se sont posés sur lui depuis qu’il est petit ! Il connaît mieux que quiconque ce sentiment d’être incompris, bridé, moqué et finalement relégué dans la case des asociaux, voire des parias, parce que simplement « hors-normes ».

Ce leader qui accorde plus d’importance aux liens qu’aux rangs sociaux sait comment conduire et motiver ses troupes. Il sait combien le caractère humain d’une relation est important. L’écoute active ? Une seconde nature chez lui ! L’ouverture d’esprit ? Une évidence ! Les challenges ? Du pain béni pour lui qui possède une capacité d’adaptation hors du commun ! Le changement ? La base de l’évolution ! Tous ces sentiments, il les partage avec ses collaborateurs et n’a de cesse de les leur inculquer. Il montre la voie et se réjouit de voir les autres le suivre.

Par ailleurs, le manager différent n’a pas peur de laisser une certaine liberté d’action à ses collaborateurs, car il sait que c’est cela le moteur de l’innovation et de l’efficacité. Tout cela en préservant le bien-être et la motivation de chacun. Il ne craint pas non plus la critique qu’il estime être une arme puissante contre la bêtise. Il ne connaît aucun bridage. Il se fiche des conventions et ose ce que d’autres n’oseront jamais – même s’ils en rêvent secrètement.

Tout cela fait de lui un leader, certes atypique, mais autrement plus efficace, aimé et envié que les autres. Un modèle auquel beaucoup aimeraient ressembler. Quel comble !

Désormais, face à une personne différente, laissons-nous – et laissons-lui – l’opportunité de faire connaissance et de s’enrichir, chacun, au contact de l’autre. Nombre de talents insoupçonnés naitront de cette attitude et le monde de l’entreprise ne s’en portera que mieux…

Pour aller plus loin

Norber Alter, Professeur de Sociologie à l’Université Paris-Dauphine et membre de la Chaire Management et Diversité de Dauphine, retrace à travers son ouvrage « La force de la différence« , les itinéraires socioprofessionnels de patrons et dirigeants atypiques (fils d’immigrés, femmes, handicapés, homosexuels…) qui se sont hissés au sommet de la hiérarchie alors que rien ne les y prédestinait. Un livre disponible, notamment, chez notre partenaire Amazon.

Appel à témoignages

A l’occasion de notre Mag’ du Manager du 13 septembre prochain qui sera dédié aux profils/parcours atypiques, nous recherchons des témoignages.

Vous êtes touche à tout, vous avez des expériences professionnelles diverses et variées sans aucun lien sautant aux yeux, vous possédez des aptitudes intellectuelles hors normes, un handicap visible ou non ? Si vous vous reconnaissez et que vous avez réussi à en faire un atout pour votre carrière, venez partager votre témoignage !

Merci d’avance pour vos contributions!

 

 

 

20 réactions pour “Le manager atypique… ce chef venu d’ailleurs

  1. Post tout à fait intéressant. Il reste encore à vaincre les conventions très établies qui perdurent dans les organisations afin que le manager atypique puisse déployer ses ailes. Pour cela il faut plus de managers atypiques dans les différentes strates de leadership.

  2. Post qui a capté toute mon attention et qui m’a conduit à un créer un groupe de discussions sur Viadeo et Linkedin. Ce groupe a été créé afin que chaque personne se trouvant dans ce cas puisse témoigner et présenter une brève description de son parcours !

  3. Bonjour à tous

    Je me sens moi même très atypique et suis ravie que le sujet soit abordé.
    C’est vrai que nous avons souvent un mode de perception différent et sommes intuitifs.
    Pas mal du tout pour trouver des solutions originales hors des sentiers battus.

    Et même si l’on se sent parfois un peu différent, c’est une vraie richesse.

  4. Et voilà un article qui me parle tout particulièrement. Les parcours atypiques et différents font de ces nouveaux leaders des êtres plus intéressés par l’Être que le Faire. Une nouvelle dynamique voit le jour. Bien sûr que la différence inquiète et nous sort des sentiers battus mais n’est-ce pas là toute la beauté de la chose?

  5. Article très intéressant. J’aime beaucoup l’approche de la différence comme un atout de la personne, là où les écoles/formations en management essaient de normaliser les managers.
    Est-ce leurs différences qui font qu’ils sont meilleurs managers ou alors l’attitude des subordonnés qui, n’ayant pas les codes de décodage, les rendent meilleurs ?

  6. Merci pour l’article, très intéressant. Je trouve que parler de manager Atypique est assez généraliste car aucun individu ne veut fondamentalement être traité de commun. L’article me rappelle des livres que j’ai eu l’occasion de lire traitant de la différence cette fois la cognitive, mais je voulais signifier que toutes les différences ne se fédèrent pas en un comportement téléologiquement positif pour les autres.

  7. Bonjour Patrick et merci pour ce partage.
    Vous avez raison, nous sommes tous, fort heureusement, différents les uns des autres. Néanmoins, la société tend à vouloir nous stéréotyper pour mieux nous cerner. Il est évident que, qui dit différence, ne dit pas inéluctablement bonté envers les autres. La personnalité de chacun doit être prise en compte. Il est ici volontairement question de ces personnes, qui, parce qu’elles ont un parcours professionnel non conventionnel, une approche du management qui diffère de la règle, ou encore un nom, une origine ou un style engendrant des a priori qui peuvent s’avérer complètement loufoques, peinent à trouver leur place dans notre monde professionnel. Elles se heurtent à ces cases prédéfinies dans lesquelles elles ne rentrent pas, alors qu’elles auraient tant à apporter à l’entreprise.

  8. Merci Raphaële pour cette clarification. Toutefois je pense que le droit précède la loi, donc à priori si des personnes douées s’avèrent être discriminées à cause de leur essence ou leur paraitre, leur capacité d’optimisation de toute situation présente fera qu’elles se retrouveront toujours au-dessus de la mêlée et par là auront la chance de définir ou influencer la loi/norme. Ceci tente de démontrer la nature dynamique du processus normatif, maintenant il est important de définir la relation entre position hiérarchique et apport a l’entreprise, si le paradigme initial est que l’apport est fonction de la position hiérarchique alors c’est clair que les chemins pour le sommet sont étroits et sont le fruit d’arbitrages dépassant le seul fait de la personne ou de références théoriques. Il est évident donc que dans ce cas plein d' »atypique » et de non « atypiques » seront laissés dehors.
    Si par contre le paradigme est que l’apport à l’entreprise dépend de la qualité de la relation avec l’entreprise, le questionnement sera au niveau des normes et procédures de l’entreprise, donc leur capacité à révéler et à tirer parti de leurs ressources tant humaines que matérielles. Cette dernière hypothèse devrait être le paradigme de toute entreprise performante et qui veut conquérir le monde.

    D’où mon conseil au manager « atypique » : travaillez vos atouts et compétences avec ces outils hors du commun que vous possédez. Alors profitez de ces capacités pour choisir votre lieu de travail ou créez-en un vous-même, le monde a besoin de vous pour les leaders que vous pouvez être.

  9. Merci pour ce post qui me fait immanquablement penser à la notion de « zèbre ». Voir l’article (assez récent) dont j’ai copié le lien ci-dessous, et surtout l’excellent ouvrage mentionné en note de bas de page.
    Ne pas tenir compte du terme « surdoué », il est trompeur…
    En tant que chasseur de têtes, j’adore les profils « atypiques », même s’ils sont plus durs à faire recruter (notamment parce qu’ils font peur). Je note que les atypiques me renvoient des atypiques, je vais finir par me spécialiser !
    Le champ des possibles est tellement vaste avec eux, c’est un régal.

    http://www.pourseformer.fr/gestion-de-carriere/management/formation-continue/h/901dcebb47/a/surdouesnbsp-comment-gerer-leur-difference-au-au-travailnbsp.html?xtor=EPR-11-%5bENT_Zapping%5d-20130701–214600694@250332475-20130701064050

  10. Bonjour Sylvain!
    Merci à vous pour ce commentaire! Oui, cela parle, aussi, des « zèbres », sujet que je connais bien… Excellent ouvrage, en effet, que celui auquel vous faites allusion. Si vous le permettez, je vous recontacterai en MP afin d’échanger sur le sujet.
    Bonne soirée!

  11. Aucun problème, avec plaisir.
    J’ai bien noté le « sujet que je connais bien… » (surtout les …) Parlons-en.

  12. Bonjour,

    Merci d’avoir partagé sur ce sujet. Effectivement « la société » aime nous enfermer dans des boîtes bien bornées quant au savoir-être et savoir-faire et cela au mépris de la richesse de chacun. Découvrir le potentiel d’une personne demande très souvent à remettre en cause ses propres préjugés et surtout dominer ses peurs face à la différence. Je pense que votre sujet peut aussi s’étendre à toute personne dans une entreprise : chaque collaborateur est son propre manager dans le cadre de ses attributions.
    Permettre à ces personnalités différentes, de mieux comprendre leurs différences pour mieux proposer leurs capacités dans le monde du « travail autrement » est une des ambitions de mon offre de portage salarial.

  13. Je suis tombée tout à fait par hasard sur ce post, alors que je cherchais des informations sur le management et la stratégie.
    Voilà que pour la première fois de ma vie, je me comprends enfin !
    Je vais vous faire part de mon parcours :
    je n’ai jamais aimé l’école. Je ne supporte pas de rester assise longtemps sur une chaise. Mon corps a besoin de bouger au rythme de mon esprit, qui lui, ne se repose jamais !
    Après un bac pro vente que je n’ai pas eu, j’ai occupé différents emplois : inventoriste, opératrice de fabrication et de conditionnement, agent d’exploitation, télévendeuse, vendeuse de literie… Puis le déclic a eu lieu en 2005 lorsque j’étais une els et que 3 mois après, je devenais responsable adjointe de magasin dans une enseigne spécialisée!
    Ce fut pour moi une grande révélation ! j’étais faite pour le management d’équipe. J’ai eu par la suite d’autres expériences dans ce domaine : dans un magasin de chaussures, puis dans l’alimentaire et enfin dans la déco.
    La qualité de mon travail était bien là ! Je créais une proximité avec chaque membre des équipes, je me faisais respecter car j’étais purement et simplement exemplaire sur la qualité de mon travail, mais surtout sur le savoir être ! J’ai managé des équipes de plus de 4O personnes sans aucun incident, car je faisais mon travail de manager : j’étais là pour les former, les cocher, les faire monter en puissance. Je n’ai jamais eu besoin de reconnaissance, je préfère de loin mettre les individus sur le devant de la scène, les féliciter en public, les recadrer en tête à tête dans le bureau.
    Je suis très à l’écoute et très communicante, on se confie facilement à moi. J’ai la capacité de remotiver et de redonner le sourire. Je suis très empathique et c’est ma force. Je fais toujours en sorte de créer un bon climat de travail, pas de boule au ventre avec moi…
    Ma force réside également sur le fait que je pense à toutes choses : ça défile dans mon petit cerveau et comme je suis très perfectionniste, je ne fais jamais les choses à moitié. Je suis très dynamique et organisée… J’ai réussi à relever de nombreux challenges. Je m’investis beaucoup, je suis très efficace et ce que je demande en retour, c’est juste un minimum de respect : lorsque mon supérieur me blesse, je finis par claquer la porte. A 33 ans, j’ai déjà démissionné de 7 emplois… Quand la confiance est brisée, c’est trop tard…
    Aujourd’hui, je cherche un poste de responsable magasin. Mais mon manque de confiance en moi lors des entretiens m’empêche de décrocher le job de mes rêves : avoir mon magasin et ma propre équipe…

  14. Lol voilà que je découvre ici des profils croisés sur Viadéo ! les grands esprits se rencontrent ! lol

    @ Hana : gardez confiance en vous quoiqu’il arrive (faire et laissez dire !) et souvenez-vous des bonnes relations, de la confiance, de la dynamique et du respect qu’il y avait avec vos collaborateurs. Trouvez un dirigeant avec lequel vous serez en phase est difficile, mais vous y arriverez !

    @ Sylvain : Je me reconnais dans le portrait que vous brossez des « atypiques » et je retrouve dans ce post sur le management tout ce que je recherche chez mon manager et le dirigeant d’entreprise… et que je ne trouve pas !
    Je suis née et j’ai vécu 2/3 de ma vie à l’étranger, avec un mode de vie nomade… nomadisme, envie d’apprendre et de découvrir, curiosité qui transparaissent dans mon CV : études de langues, de physique appliquée à l’archéologie, job dans l’ingénierie culturelle, tourisme institutionnel, reconversion dans le bâtiment en cours…
    J’ai l’habitude de dire qu’à part la pharmacologie et la pétro-chimie, je pourrais travailler dans n’importe quel domaine car tout m’intéresse !

    L’intuition, la capacité à cerner rapidement les gens, à détecter les enjeux des situations, à trouver LA solution ou identifier LE problème, la volonté de participer, de partager un point de vue, une expérience, d’apporter sa pierre à l’édifice, être reconnu pour son travail, son engagement, sans avoir besoin (ni envie) d’être sur le devant de la scène car la reconnaissance suffit…
    Ambition mais pour pouvoir coordonner, amener plus loin une équipe, et non ramasser des lauriers.
    De l’équité, du respect dans les relations humaines, de la justesse dans les décisions aussi, une vision commune de l’entreprise…
    J’espère un jour trouver l’entreprise où je me sentirais bien et le dirigeant avec lequel je serais sur la même longueur d’onde… car la mobilité professionnelle, dans mon cas, c’est tout simplement « chercher chaussure à mon pied » !

  15. Lol oui ! ovni, zèbre (je viens de lire l’article)… moi je dis que je suis un extraterrestre !
    Heureusement que j’ai trouvé dans mon entourage professionnel quelques personnes avec qui j’ai pu échanger, ainsi qu’une psy du travail et une consultante RH plus éclairées que la moyenne… car à un moment, j’avais vraiment l’impression « d’avoir un problème » !

  16. Merci de valoriser mon existence ! je pensais ne plus être dans la bonne direction,
    passionnée je vais rester alors !

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