Le langage corporel de Paul pendant son évaluation

Publié le 13/01/2017 - Mis à jour le 15/09/2017

Paul, manager de PME, passera dans quelques minutes son entretien annuel d’évaluation. C’est un jour important pour lui, car c’est la première fois qu’il se retrouve en tête-à-tête avec Jean-Marc, son N+1. Ils vont discuter de lui, de ce qu’il a accompli durant l’année passée et de ses perspectives d’évolution.

langage corporel

Des perspectives d’évolution, Paul en a. C’est pourquoi il a préparé cet entretien dans les règles de l’art. Son argumentaire est béton et il saura mettre en valeur ses accomplissements.

Lors de cette réunion d’évaluation, Paul sait aussi que  son langage corporel aura un impact important .

Il n’y a d’ailleurs pas si longtemps que ça, il avait lu les « 10 gestes qui énervent  les recruteurs en entretien d’embauche  ». Même si, à l’époque, il n’était pas sûr de maîtriser la poignée de main idéale (présente, mais pas trop insistante),  Paul avait compris l’importance de ses gestes afin de donner une image positive de lui-même .

Aujourd’hui, pour son entretien annuel d’évaluation, il a également pour objectif de transmettre une image positive. Il souhaite dégager de la sympathie, de la confiance en soi, car il sait que tout ceci aura un impact dans l’échange constructif avec Jean-Marc.

D’ailleurs, il est l’heure pour Paul de se rendre dans son bureau.*

* Note de l’auteur : Mettons-nous désormais en retrait et observons la communication non-verbale de Paul lors de son entretien…

Paul reste lui-même et il a raison

Même s’ils ne travaillent pas chaque jour main dans la main, Paul et Jean-Marc ont tout de même l’habitude de se croiser.

Paul semble avoir compris qu’adopter  une gestuelle spécifique pour cet entretien n’aurait aucun sens . Cela pourrait même, à l’inverse, amener un regard suspicieux de Jean-Marc. Ils se connaissent. Ce n’est donc pas le moment de changer quoi que ce soit dans son comportement.

Paul est habillé de la tenue vestimentaire adéquate, celle du poste vers lequel il aspire une évolution. Il est souriant et dégage une attitude sympathique.

Posture droite et ouverture du corps, deux piliers du non-verbal qui contribuent à renforcer cette image d’accessibilité et de présence.

Ce que Paul semble avoir également compris, c’est qu’il n’a nul besoin d’en faire plus dans son attitude, d’afficher un sourire « Colgate » ou encore d’avoir une poignée de main insistante. Comme le dit le proverbe, « le mieux est l’ennemi du bien ».

Ce petit jeu de la gestuelle, Paul s’en est déjà fait une routine quotidienne. Il n’a plus besoin de penser à son comportement. Cette attitude de légèreté, cette posture droite et cette ouverture sont une entrée en matière idéale lorsqu’il franchit le seuil de la porte.

Jean-Marc lui propose de s’asseoir

Et Paul s’assoit. Encore un bon point.
J’en connais plus d’un qui se serait assis avant d’y être invité et cela aurait été dommageable. Pourquoi ?

La réunion se trouve dans le bureau de Jean-Marc, sur la petite table adjacente à son bureau. Cette table, c’est son  territoire . Et comme tout territoire, il est de coutume de l’investir après y avoir été invité. Pour Paul, c’est du bon sens et tant mieux.

La discussion commence. Paul reste toujours droit. A quelques reprises, il se penche en arrière dans sa chaise. Il ne reste donc pas droit comme un piquet et cette attitude contribue toujours au naturel de l’interaction. Bien sûr, s’il s’était affalé dans le dossier de sa chaise, il aurait fallu lui remonter les bretelles afin que cela ne soit pas perçu comme de la négligence. Mais ce n’est pas le cas.

Un mot sur le regard et la synchronisation

Paul est face à Jean-Marc et le regarde. Il n’est pas non plus trop insistant dans son regard. Rappelons que cet entretien reste dans une optique d’échange qui passe par le contact visuel. Paul ne toise pas Jean-Marc, ni ne le fuit constamment du regard. L’une ou l’autre de ces alternatives entraverait au caractère naturel que doit prendre l’interaction.

D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais j’ai l’impression que  Paul adapte inconsciemment sa posture, la vitesse de ses mouvements de mains avec ceux de Jean-Marc . On a ici un bel exemple de synchronisation.

Des études ont montré que les personnes en phase ont tendance à bouger de manière réciproque, qu’elles emploient le même répertoire gestuel avec une quasi synchronisation temporelle.

Ces études mettent également en avant la  confiance, la sincérité ou encore la sympathie éprouvées pour l’autre lorsque cette synchronisation a lieu . Alors, pourquoi s’en priver et pourquoi pas ne pas la provoquer ?

En discutant du sujet de l’ouverture à l’international des activités de l’entreprise, Jean-Marc, sans le dire verbalement, émet dans une mimique faciale une certaine appréhension. Paul l’a remarquée et n’ira pas plus loin sur ce sujet. Il a compris qu’il est tout aussi important de faire attention à la gestuelle de son interlocuteur qu’à sa propre gestuelle.

Mince… des gestes de stress

Jusqu’ici, tout le langage corporel de Paul était idéal.

Mais c’était sans compter les frottements répétés de sa main droite sur son avant-bras qui viennent d’apparaître. Ces gestes ne servent à rien. Ils montrent simplement qu’il n’est pas à l’aise avec le sujet abordé : les résultats trimestriels ne sont pas à la hauteur des objectifs fixés.

Tout comme le crayon qui vient de finir dans sa bouche, ces automassages sur le bras ont pour effet de diminuer le stress lié à ce sujet tabou et Paul n’a pu s’empêcher de se masser le bras. Mais heureusement, il ne semble pas que Jean-Marc l’ait remarqué.

D’ailleurs, même si vous lisez cet article et que vous êtes conscient de l’impact de votre gestuelle, bien sachez qu’au final, une minorité de gens y prêtent consciemment attention.

Les gestes illustrateurs

Oh tenez, il y a quelque chose que Paul fait désormais très bien et dont je me dois de vous parler. Paul parle avec les mains.

Il utilise des  gestes illustrateurs qui vont donner du corps à ses propos . Son objectif, rappelons-le, est d’être convaincant. Et bien dans ce cas, en utilisant les mains pour illustrer ses arguments, il met toutes les chances de son côté pour convaincre.

Il montre qu’il est une personne dynamique. Si vous avez l’habitude d’avoir les mains sous la table, sortez-les. À la façon d’un politicien, vous pouvez utiliser vos gestes comme Paul pour accompagner votre discours, afin de rendre vos propos plus persuasifs ou explicites.

On va désormais laisser Paul tranquillement continuer son entretien et allons de notre côté analyser ce qui s’est passé dans son langage corporel et dans son attitude.

Si nous résumions la communication non-verbale de Paul en 5 points, voici ce qu’il faudrait retenir d’essentiel :

  • Paul n’a rien changé dans sa communication non-verbale, il en a fait une routine bien avant l’entretien
  • Sa posture, son sourire et son ouverture dégagent sympathie et confiance en soi. Cette attitude corporelle est suffisante et il ne s’est pas focalisé sur des détails particuliers dans sa gestuelle
  • Paul aurait pu éviter d’employer les gestes parasites liés au stress
  • L’emploi des gestes illustrateurs pour mettre en valeur son discours était un bon point
  • Le non-verbal, ce n’est pas que le sien, mais aussi celui de son N+1

 

A propos de l'auteur


r collignon s Romain COLLIGNON

Depuis 2011, Romain aide à décrypter la communication non-verbale et à développer un langage corporel qui impacte. Son objectif : booster vos relations professionnelles et personnelles grâce au langage du corps. Sa gestuelle favorite : le sourire !

Visiter son site : le décodeur du non-verbal


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