Comment décider dans un environnement complexe ?

Maj le 23/03/2017 par Nadine Sciacca

decision complexe

Décider dans un environnement complexe et incertain augmente le risque de faire des erreurs de jugement. Notre cerveau est aversif aux risques. Dans les organisations, ce biais cognitif peut favoriser des profils de managers excessivement prudents et conformistes. La culture décisionnelle d’une entreprise est un enjeu de performance notamment si sa croissance repose sur les capacités d’innovation.

La prise de décision est un art plus difficile que jamais. Les normes sociales fixant nos règles de conduite se sont assouplies augmentant le champs des possibles mais aussi celui du doute et de la responsabilité. Le volume d’informations a explosé, l’humanité ayant créé plus d’informations au cours des deux dernières années qu’au cours de toute son histoire.  Les choix en matière de consommation ont augmenté de manière exponentielle… Henri Ford, fondateur du groupe automobile du même nom, avait coutume de dire avant la Seconde Guerre mondiale que l’on pouvait choisir la couleur de sa voiture pourvu qu’elle soit noire. Aujourd’hui, un amateur de yaourts peut avoir accès à 280 références du produit… Des secteurs d’activité se font ravir des pans entiers de leur marché en quelques mois par de nouveaux  acteurs issus de la nouvelle économie.

Pour les entreprises, définir sa stratégie dans un environnement en mutation permanente est d’une complexité sans précédent.

L’impact décisionnel de l’aversion aux risques

Face à cette complexité, les avancées des neurosciences nous aident à mieux comprendre comment notre cerveau décide. De nombreux biais émotionnels ou cognitifs influencent nos décisions à notre insu : aversion aux risques, aux pertes, surévaluation des bénéfices immédiats, tendance au conformisme, biais de confirmation, soumission aux figures d’autorité… L’aversion aux risques est particulièrement intéressante du point de vue de la décision. Ce mécanisme a pour finalité de favoriser la survie de l’espèce : nous sommes les descendants de nos ancêtres les plus prudents, les plus téméraires n’ayant souvent pas vécu assez longtemps pour transmettre leurs gènes.

La décision étant une prise de risque, ce biais peut générer trois profils de décideurs dans les entreprises :

Le décideur évitant : il fait l’autruche face aux problèmes pour ne pas avoir à décider comment les régler, a tendance à déléguer à d’autres les décisions difficiles, ne répond pas aux sollicitations de ses collaborateurs qui lui demandent de trancher… Cette attitude peut être payante dans les organisations où la prise de risques est davantage sanctionnée que l’attentisme, le conformisme davantage valorisé que la performance.

Le décideur hyper-contrôlant : pour réduire le risque d’erreurs, il cherche à recueillir toute l’information disponible sur le sujet, les recommandations de tous les cabinets de conseil… Il peut également chercher à contrôler toutes les décisions prises par ses collaborateurs en leur demandant de lui faire valider toutes les micro-décisions. Ce type de décideur s’expose à prendre la bonne décision mais trop tard (par exemple en lançant un bon produit mais avec un temps de retard sur ses concurrents) ou à décourager toute prise d’initiative dans son équipe.

Le décideur impulsif : pour réduire le stress lié à la prise de décision, il fonce dans l’action sans prendre le temps de recueillir d’avis ni de prendre du recul. Au risque de se rendre compte en cours de route que la direction prise n’est pas la bonne et qu’il faut faire marche arrière…

Routiniser les retours d’expérience

Pour réduire l’impact du biais de l’aversion aux risques, les entreprises et notamment celles pour qui l’innovation est un enjeu majeur, doivent donner une vraie garantie au droit à l’erreur à leurs équipes - pour peu qu’elle ne soit ni volontaire ni répétitive. Les DRH doivent s’assurer que la performance est plus payante que le conformisme, que l’innovation est davantage valorisée que le respect des procédures. La culture décisionnelle d’une organisation se transmet dans les programmes de formation des managers, dans les critères d’appréciation des collaborateurs, dans des pratiques récurrentes de réflexion sur les enseignements que l’on peut tirer de nos expériences (séminaire managériale « Apprendre de nos erreurs et de nos réussites », sessions de co-développement, retours d’expérience après un projet, un présentation client, un processus budgétaire, etc…)

[Remarque : au-delà de l’injonction à privilégier la performance a conformisme, il faudrait développer ce propos : pourquoi les DRH sont-ils conformistes ? le sont-ils vraiment ? Que doivent-ils faire pour ne plus l’être ? Ont-ils un profil de dirigeant particulier ? etc. Nous devons nous adresser spécifiquement aux DRH et aux professionnels de la fonction RH]

Les retours d’expérience sont routinisés dans les secteurs où les erreurs se soldent par des pertes en vie humaine (armée, transport aérien, chirurgie…). Ils permettent de tirer des enseignements des expériences, capitaliser sur les bonnes pratiques, verbaliser les tensions relationnelles pour éviter qu’elles ne dégénèrent en conflit. Mais ils ne sont pas suffisamment intégrés dans les pratiques quotidiennes des entreprises ou mal intégrés quand ils consistent à chercher un responsable des erreurs commises ou à rédiger des manuels de bonnes pratiques qui prendront la poussière sur des étagères. Carol Dweck, psychologue américaine, estime que l’un des critères clés d’une éducation réussie est d’avoir appris à un enfant à considérer l’erreur comme une opportunité de progresser. Et si c’était aussi l’un des critères clés d’une culture managériale au service de la performance collective ?

Nadine Sciacca

Nadine Sciacca

Auteur - Nadine Sciacca -    

prendre de bonnes decisions

Nadine Sciacca est conférencière, médiateur et coach de dirigeants.

Elle a publié « Comment prendre de bonnes décisions* » paru chez Marabout en février 2016 et est co-auteur de « Comment faire de nos émotions nos meilleures alliées » et de « J’ai choisi l’éducation positive ».

Son site : www.mediation-cie.com

*Proposé chez notre partenaire Amazon

Cet article est référencé dans : Prise de décision


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