Définition du chemin critique
Lors de la construction d’un diagramme PERT (une méthode d'ordonnancement des tâches d'un projet), le chemin critique représente la séquence de tâches ne disposant d'aucune marge : c’est-à-dire qu'il n’existe aucune flexibilité entre la tâche précédente et la suivante. Ce tracé indique le délai incompressible pour réaliser le projet.

Utiliser le chemin critique pour piloter les délais
Il est important d’identifier ce chemin critique, car c’est un élément de gestion prévisionnelle permettant de maîtriser les étapes clés et les deadlines. C’est un outil central pour la mise en œuvre d’un PERT. L’étape finale pour le chef de projet est de disposer d’un outil de planification efficace et pertinent.
Le repérage et le tracé du chemin critique permettent notamment :
- d'identifier les leviers de réduction des délais : la connaissance de la chaîne critique aide à repérer les tâches prioritaires sur lesquelles agir si l’on souhaite réduire la durée du projet dans sa totalité. Il est alors possible de prendre les mesures nécessaires pour agir : affectation de ressources (personnel, budget…), décalage des livrables (tout en respectant les objectifs du projet)…
- de prévenir les dérapages et de maîtriser les risques : ces mêmes tâches sont à surveiller de près pour éviter que les échéances ne dérapent à cause de retards sur ces tâches critiques. C’est un outil précieux pour identifier au plus tôt les aléas (et les tâches en retard) qui peuvent retarder le projet, les activités qui ne peuvent pas être menées dans les temps requis.
- d'évaluer des scénarios : il est pertinent de tester différentes combinaisons sur une échelle de temps (enchaînement des tâches et contenu d’étapes) pour analyser les impacts sur la durée du projet en identifiant les marges du projet et chaque chemin critique. Les conséquences sont alors directement appréhendables sur le planning.
Les outils de gestion de projet (logiciels de gestion de projet comme MS Project) facilitent grandement la création d’un diagramme de réseau (identification des antériorités, des dépendances entre tâches, etc.). La construction automatique permet d’afficher le chemin critique et d’aider à l’élaboration d’alternatives avec pour objectif d’achever le projet au plus tôt. La souplesse de l’outil offre l'opportunité de réaliser des simulations, d'observer plusieurs chemins critiques en fonction de variables d’entrées.
Calculer le chemin critique en 5 étapes
Le calcul demande cinq étapes et aucune compétence mathématique particulière. Une liste de tâches, leurs antériorités et leurs durées suffisent. Le calcul se fait en deux passages : un aller pour les dates au plus tôt, un retour pour les dates au plus tard. La différence entre les deux donne la marge totale de chaque tâche.
- Lister les tâches. Découper le projet jusqu'au niveau où une durée devient estimable. Un découpage trop fin devient ingérable, un découpage trop grossier masque les dépendances.
- Établir les antériorités. Pour chaque activité, noter ce qui doit être terminé avant qu'elle démarre. Cette étape produit le réseau logique.
- Estimer les durées. Demander les estimations à ceux qui réalisent les tâches. Une durée imposée n'est pas une estimation.
- Calculer les dates au plus tôt. Parcourir le graphe du début vers la fin : date de début au plus tôt + durée de la tâche = date de fin au plus tôt. En cas de convergence de plusieurs tâches, retenir la date la plus tardive.
- Calculer les dates au plus tard et les marges. Repartir de la fin vers le début, puis appliquer : marge totale = date au plus tard − date au plus tôt.
Les tâches à marge nulle constituent le chemin critique. Un projet peut en compter plusieurs quand deux séquences aboutissent à la même durée totale.
Exemple de calcul de chemin critique commenté
Voici un projet de refonte de site vitrine découpé en sept tâches, durées exprimées en jours ouvrés.
Tâche | Durée | Antériorité | Sur le chemin critique |
A. Cadrage du besoin | 5 j | — | Oui |
B. Rédaction du cahier des charges | 8 j | A | Oui |
C. Choix du prestataire | 4 j | B | Oui |
D. Création graphique | 12 j | C | Oui |
E. Rédaction des contenus | 15 j | B | Non |
F. Intégration | 10 j | D et E | Oui |
G. Recette et mise en ligne | 3 j | F | Oui |
Le réseau ci-dessous reprend ce projet selon la convention PERT : chaque cercle numéroté est une étape, chaque flèche porte une tâche et sa durée. Le nombre sous le cercle indique la date au plus tôt, exprimée en jours depuis le lancement.

Deux cheminements mènent de A à G. A-B-C-D-F-G dure 42 jours. A-B-E-F-G dure 41 jours. Le premier est le chemin critique et la durée totale du projet s'établit à 42 jours.
La tâche E est la plus longue du projet avec ses 15 jours. Elle n'est pas critique. Sa marge libre atteint un seul jour : deux jours de retard sur la rédaction des contenus et ce second chemin devient critique à son tour.
Ajouter un rédacteur sur E ne fait donc gagner aucun jour sur la date de livraison. Pour raccourcir le projet, il faut agir sur D ou sur B. L'erreur la plus fréquente consiste à affecter les ressources aux tâches les plus visibles, rarement les bonnes.
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Comment réduire la durée du chemin critique ?
Lorsque le projet exige une mise à disposition plus rapide des livrables que celle imposée par le chemin critique, les chefs de projets ont 2 options principales à leur disposition.
- Apporter des ressources supplémentaires aux tâches du chemin critique : plus de personnel, sous-traitance de certaines activités… Si tant est que ces moyens complémentaires permettent réellement d’en raccourcir la durée et que ces ressources soient mobilisables. La conséquence est l’inflation du coût du projet par rapport au budget initial.
- Traiter des tâches en parallèle alors qu’elles devaient être enchaînées. Il s’agit de commencer plus tôt que prévu une activité sans attendre la fin de la précédente dont elle dépend - exemple : débuter les travaux avant que le cahier des charges ne soit finalisé, démarrer la construction d’un prototype sans que l’étude soit totalement terminée, etc. Dans cette situation, il convient d’apprécier deux types de risques : le risque qualité, où ce changement d'organisation peut engendrer un niveau de qualité moindre que ce qui était attendu - et un risque financier, notamment si la tâche anticipée prend la mauvaise direction et qu’il faille recommencer en totalité ou en partie, ou encore modifier certains points avec, de nouveau, un risque qualité.
Qu’est-ce que la méthode du chemin critique (Critical Path Method) ?
Au-delà du chemin critique utilisé dans la méthode PERT, il existe une approche appelée "Critical Path Method" (CPM ). Elle est notamment décrite dans le PMBOK, (référentiel en gestion de projet).
Contrairement au PERT, l’activité est inscrite dans le nœud (et non la flèche - ou arc- qui relie 2 nœuds ou boites). Chaque nœud (appelé aussi “sommet”) comprend ces informations :
Début au plus tôt (DTO) | Durée | Fin au plus tôt (FTO) |
Nom de la tâche | ||
Début au plus tard (DTA) | Marge totale | Fin au plus tard (FTA) |
Cette approche s’attache également comme le PERT à calculer les marges existantes pour prévenir et gérer les décalages :
Marge totale = DTA - DTO ou FTA - FTO
Pour la version anglophone :
- Début au plus tôt = ES = Early Start
- Fin au plus tôt = EF = Early Finish
- Début au plus tard = LS = Late Start
- Fin au plus tard = LF = Late Finish
La méthode date de 1957. Morgan R. Walker, chez DuPont, et James E. Kelley Jr., chez Remington Rand, la mettent au point pour planifier les arrêts de maintenance d'usines chimiques. Elle est diffusée auprès des managers par un article de la Harvard Business Review de septembre 1963, The ABCs of the Critical Path Method, signé Levy, Thompson et Wiest.
Voir aussi la “Critical Chain Method” (CCM) dont l'objectif est d’ajouter des “buffers” sur une ou plusieurs chaînes, au niveau des ressources et en fin du projet. Ces “buffers” sont des zones tampons permettant d'apporter de la flexibilité en améliorant la marge du projet. Le rendre plus agile, libérer les tensions et contraintes pour absorber les aléas tout en maintenant la pression sur chaque tâche.
Passer du chemin critique au diagramme de Gantt
Le chemin critique donne l'ordre des tâches et les marges. Le diagramme de Gantt les organise sur un calendrier.
La construction du diagramme de Gantt est l’étape ultime après avoir établi le chemin critique. Des premiers travaux à la fin du projet, chaque étape est posée sur un échéancier. Chaque jalon est visible.
Le suivi hebdomadaire porte alors sur les tâches critiques, pas sur la totalité de la liste. Une question suffit au point d'avancement : une tâche du chemin critique a-t-elle pris du retard cette semaine ? Si la réponse est oui, la date de fin du projet a bougé et l'information remonte immédiatement aux parties prenantes.
Attention : le chemin critique se déplace en cours de route. Une tâche à faible marge devient critique dès qu'un retard consomme sa marge. Un tracé recalculé chaque semaine vaut mieux qu'un chemin critique parfait établi au lancement.
Pour planifier vos projets, voir quels sont les outils pour réaliser un planning projet ? Et, particulièrement, ceux qui concernent le calendrier prévisionnel.
Auteur - Laurent GRANGER
Fondateur de Manager-go.com, Laurent partage depuis 2008 des outils et méthodes concrètes pour aider les cadres à mieux piloter leur activité. Diplômé d'une école de commerce et titulaire d’un DESS en diagnostic d’entreprise (IAE Lyon 3), il met à profit plus de 30 ans d’expérience plurifonctionnelle en entreprise, du développement commercial et marketing au pilotage organisationnel.
Auteur de plus de 800 contenus pratiques, lus chaque année par des centaines de milliers de professionnels, il s’attache à transmettre des approches applicables, alliant expérience terrain, pédagogie et sens pratique.
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