
Qu'est-ce qu'un jalon en gestion de projet ?
Le jalon (appelé aussi "milestone" ou encore "événement") est un point d'arrêt dans le processus permettant le suivi du projet. À la différence d'une tâche classique qui possède une durée, le jalon représente un instant précis dans l'échéancier du projet. Sa finalité est pour l'équipe, est de faire un bilan intermédiaire, de valider une étape, des documents ou d'autres livrables, puis de reprendre le déroulé des travaux.
Il faut savoir qu'à ce stade, le retour en arrière n'est pas possible : une fois le jalon franchi, l'équipe passe à la suite sans revenir sur ce qui a été fait ou validé.
Cette caractéristique fondamentale fait du jalon un outil de gouvernance projet puissant. Le chef de projet l'utilise pour ponctuer le déroulement des opérations, créer des points de synchronisation entre les différents opérationnels, et matérialiser l'avancement réel face au prévisionnel.
Dans la pratique, les jalons sont utilisés dans les calendriers de planification des tâches (voir le diagramme de Gantt). Ces dates sont matérialisées dans les plannings par un repère dont la durée est nulle.
La plupart des logiciels de gestion de projet représentent les jalons par un symbole distinctif : losange, triangle ou étoile selon les outils. Cette représentation visuelle facilite la lecture du planning et permet d'identifier instantanément les moments critiques où des décisions devront être prises.
En pratique : un jalon bien défini répond à trois critères essentiels : il est mesurable (on peut vérifier objectivement qu'il est atteint), il est daté (une échéance précise est fixée), et il implique une validation formelle par au moins une partie prenante du projet.
Les objectifs d'un jalon
L'objectif d'un jalon est de s'assurer à un moment donné :
- du bon déroulement de la phase précédente - notamment pour capitaliser sur ce qui a fonctionné ou pas et revoir potentiellement les pratiques pour la suite.
- de la validation des livrables attendus : obtention et conformité. Un livrable peut être le point de départ d'une nouvelle étape : par exemple, la réception d'une livraison d'un fournisseur déclenche une étape de conception.
- de la décision (GO/NO GO) du lancement de l'étape suivante - pouvant donner lieu à une re-planification.
Ces objectifs s'inscrivent dans une logique de pilotage par la performance. Chaque jalon devient un moment de vérité où l'équipe confronte ses réalisations aux objectifs fixés en début de projet. Cette pratique, recommandée par le PMI (Project Management Institute), permet de maintenir l'alignement entre la trajectoire du projet et les attentes des parties prenantes.
Remarque : la décision GO/NO GO mérite une attention particulière. Elle ne se limite pas à un simple feu vert administratif : elle engage la responsabilité du chef de projet et du commanditaire. Affecter des ressources supplémentaires, ajuster le périmètre, réviser la durée du projet... toutes ces décisions stratégiques se cristallisent au moment du franchissement d'un jalon majeur.
Quand utiliser un jalon : les cas d'usage concrets
Voici les 3 grands évenements liés au jalonnage :
- valider un livrable
- acter une décision
- lancer une tâche ou une séquence ou marquer la fin d'une phase
Au-delà de ces usages fondamentaux, le jalon projet trouve sa pertinence dans plusieurs configurations opérationnelles. Dans le cadre du travail collaboratif, il synchronise les contributions de multiples intervenants : équipes internes, prestataires externes, fournisseurs. Cette synchronisation devient critique lorsque des dépendances existent entre les tâches.
Prenons un exemple concret : dans un projet de développement logiciel en mode projet, un jalon "Spécifications validées" conditionne le démarrage des phases de développement et de design graphique. Sans ce point de validation formel, les équipes techniques risquent de s'engager sur des bases instables, générant retards et surcoûts.
Cas pratique : dans le cadre d'un projet de déménagement d'entreprise, voici les principaux jalons

Pourquoi le jalonnage est essentiel dans la réussite d'un projet
Prévenir l'effet tunnel et sécuriser la communication
Ils sont très importants dans le cycle de vie du projet. Ils fixent des objectifs intermédiaires et contribuent à la prévention de l'effet tunnel. En effet, les validations partielles sont l'occasion d'une rencontre entre les différentes parties prenantes - notamment entre le client et l'équipe projet - pour s'assurer et valider que les travaux vont dans le bon sens.
Qu'est-ce que l'effet tunnel ? Il est considéré comme la principale cause d'échec : l'équipe projet avance dans son coin, sans communication avec le donneur d'ordre jusqu'au jour où la sortie du tunnel met en lumière des divergences profondes entre les parties. Très souvent bien trop tard. Voir aussi les méthodes Agiles, qui s'appuient sur une communication étroite entre les équipes et le client.
Les statistiques le confirment : selon une étude du Standish Group (2023), 65% des projets en échec présentaient des carences dans le suivi des plannings et la validation régulière des livrables intermédiaires. Le jalon, en forçant ces moments de validation, réduit considérablement ce risque.
Dynamiser l'équipe et maintenir l'engagement
Autre vertu, ils donnent du rythme au projet : ils nourrissent le dynamisme de l'équipe grâce à des micro-objectifs. En effet, les buts trop lointains ont tendance à désimpliquer les femmes et les hommes investis dans ces tâches.
Cette dimension psychologique du jalon mérite d'être soulignée. Dans un projet dont la durée du projet s'étend sur plusieurs mois, voire plusieurs années, les jalons créent des "petites victoires" régulières. Franchir un jalon, c'est célébrer une avancée collective, reconnaître les efforts déployés, et recharger la motivation pour la phase suivante.
Les équipes en mode projet apprécient particulièrement cette visibilité sur la progression. Un planning ponctué de jalons clairs permet à chacun de situer sa contribution dans le grand ensemble, de comprendre l'impact de son travail, et d'anticiper les prochaines échéances.
Un chef de projet expérimenté les positionne stratégiquement pour maintenir la dynamique d'équipe tout en laissant des marges de manœuvre suffisantes entre chaque phase. Cette gestion fine de l'échéancier du projet distingue les projets bien pilotés des initiatives à la dérive.
La pose de jalons clés est également utile pour baliser les grandes phases identifiées d'un macroplanning (voir ce qu'est un macroplanning).
Combien de jalons prévoir dans un projet ?
La réponse est simple : le nombre qu'il faut pour piloter efficacement les travaux, mais pas plus...
Le Jalon marque une rupture pour valider une étape. Trop de ruptures, le projet devient haché et perd en efficacité. Pas assez jalonné, cette fois c'est le pilotage et la communication qui sont mis à mal : risque de dérives non contrôlées, baisse de la motivation des équipes, risque d'effet tunnel.
La règle empirique communément admise suggère un jalon tous les 3 à 6 semaines pour un projet de taille moyenne. Cette fréquence varie naturellement selon plusieurs paramètres : la complexité du projet, le nombre de ressources affectées, les contraintes réglementaires, et le niveau d'incertitude.
Repères pratiques :
- Projet court (moins de 3 mois) : 2 à 4 jalons majeurs
- Projet moyen (3 à 12 mois) : 6 à 10 jalons majeurs
- Projet long (plus d'un an) : 12 à 20 jalons majeurs, complétés par des jalons intermédiaires pour chaque phase
Point de vigilance : les logiciels de gestion offrent un nombre de jalons illimité. Cette facilité ne doit pas conduire à une inflation de points de contrôle. Il ne faut pas oublier que chaque jalon génère des réunions, des validations, des documents : autant d'activités qui consomment du temps et des ressources. Autant de temps qui n'est pas consacré à l'avancement opérationnel du projet. Toute le métier et l'intelligence du chef de projet est de trouver l'équilibre optimal entre contrôle et fluidité opérationnelle.
Dans la gestion de portefeuilles de projets, les jalons servent aussi de points de synchronisation entre initiatives parallèles. Un même jalon peut concerner plusieurs projets interdépendants, créant ainsi des moments de gouvernance transverse où les décisions stratégiques s'appliquent simultanément à l'ensemble du portefeuille.
Comment choisir et planifier efficacement ses jalons
Les critères de choix d'un jalon pertinent
L'une des questions qui doit guider le choix des échéances est la suivante : quel est le moment pertinent pour faire le point sur l'avancement des travaux ? La décision intervient d'un commun accord entre les différentes parties prenantes. Un commanditaire, comme un client, peut d'ailleurs très bien exiger la pose d'un jalon à un moment donné.
Cette décision s'appuie sur plusieurs critères objectifs. Un jalon se positionne idéalement aux moments charnières où le projet change de nature : passage d'une phase de conception à une phase de réalisation, basculement d'un mode prototype à un mode production, transition d'un périmètre national à un déploiement international.
Le choix des jalons s'effectue lors de la conception de l'organigramme des tâches. Une phase d'analyse et d'organisation des tâches tout indiquée pour ce type de réflexion.
L'analyse du chemin critique apporte un éclairage précieux pour positionner les jalons. En identifiant la séquence de tâches qui détermine la durée minimale du projet, le chef de projet repère naturellement les points de passage obligés où un jalon s'impose. Les marges de chaque phase influencent également ce positionnement : une activité sans marge nécessite un jalonnage serré, là où une tâche disposant de marges peut supporter plus de souplesse.
Définir les critères de validation
Les règles de franchissement méritent une attention particulière. Pour chaque jalon, le chef de projet doit documenter précisément :
- Les livrables attendus : nature, format, niveau de qualité exigé
- Les critères d'acceptation : métriques quantitatives et qualitatives permettant de juger l'atteinte du jalon
- Les participants à la validation : qui décide, qui est consulté, qui est informé (matrice RACI)
- Les conséquences d'un échec au franchissement : re-planification, mobilisation de ressources additionnelles, escalade hiérarchique
Cette formalisation transforme le jalon d'un simple repère temporel en véritable outil de pilotage. Les diagrammes de Gantt proposé par des logiciels intègrent généralement ces informations sous forme de métadonnées attachées à chaque jalon, créant ainsi une documentation vivante du projet.
Les erreurs courantes à éviter
Voici des points de vigilance à avoir dans l'utilisation de ces outils
1. Le jalon fantôme : posé sur le planning mais jamais réellement validé. L'équipe "passe" le jalon par défaut, sans véritable point d'arrêt ni validation formelle. Cette dérive vide le jalon de sa substance et reproduit l'effet tunnel qu'il est censé prévenir.
2. La multiplication excessive : comme nous l'avons déjà évoqué, un projet où chaque semaine apporte son lot de jalons devient ingérable. Les réunions de validation se multiplient, la bureaucratie s'installe, l'agilité disparaît. Le remède devient pire que le mal.
3. L'absence de critères objectifs : un jalon flou ("Avancement satisfaisant du workstream A") ouvre la porte à toutes les interprétations. Sans critères mesurables, la validation devient subjective et source de tensions entre parties prenantes.
4. Le manque de préparation : arriver à un jalon sans avoir préparé les éléments de validation conduit à des réunions improductives et à des reports en cascade qui désorganisent l'ensemble du planning.
5. L'oubli des dépendances : ne pas anticiper l'impact du franchissement (ou non-franchissement) d'un jalon sur les autres projets du portefeuille crée des effets domino dévastateurs dans les organisations matricielles.
Auteur - Laurent GRANGER
Fondateur de Manager-go.com, Laurent partage depuis 2008 des outils et méthodes concrètes pour aider les cadres à mieux piloter leur activité. Diplômé d'une école de commerce et titulaire d’un DESS en diagnostic d’entreprise (IAE Lyon 3), il met à profit plus de 30 ans d’expérience plurifonctionnelle en entreprise, du développement commercial et marketing au pilotage organisationnel.
Auteur de plus de 800 contenus pratiques, lus chaque année par des centaines de milliers de professionnels, il s’attache à transmettre des approches applicables, alliant expérience terrain, pédagogie et sens pratique.
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