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Monter un plan d'investissement

Le plan d'investissement se place au cœur des objectifs stratégiques de l'entreprise. Il intègre un ensemble de projets d'investissement. À la différence des besoins courants liés à l'exploitation, ces derniers nécessitent un engagement financier sur le long terme. Il convient de sélectionner minutieusement les meilleures options de financement. Découvrez les éléments essentiels à considérer.

Rédigé par Laurent GRANGER - Mis à jour le 08/08/2026

Plan d investissement

Qu'est-ce qu'un plan d'investissement ?

Le plan d'investissement explicite les choix d'investissements pour atteindre des objectifs fixés à moyen et/ou à long terme. Ce document permet de guider les décisions en matière d'allocation de ressources financières et sert à établir des priorités d'investissement.

Son horizon couvre en général trois à cinq ans. Il ne se confond ni avec le budget annuel, qui raisonne sur douze mois, ni avec le business plan, qui décrit l'ensemble du modèle économique. Sa fonction réelle est un arbitrage : classer des projets qui, pris isolément, paraissent tous justifiés, et assumer ceux qui ne seront pas financés cette année.

Construire son plan d'investissement : les 8 rubriques à remplir

Il comprend l'ensemble des informations nécessaires pour comprendre la finalité et la portée de chaque opération, par exemple :

  • résumé (executive summary),
  • rappel du contexte stratégique (avec une analyse SWOT par exemple),
  • énoncé de l'objectif stratégique (ou des objectifs) et de la stratégie,
  • présentation des investissements en phase avec la stratégie,
  • présentation des modes de financement (détaillés ensuite par projet),
  • estimation du retour sur investissement et autres bénéfices marketing, vente, etc.,
  • évaluation des risques,
  • stratégie et calendrier de mise en œuvre.

Dans quel ordre renseigner ces rubriques ?

L'ordre de lecture n'est pas l'ordre de rédaction. Un plan construit dans l'ordre du sommaire finit presque toujours par justifier après coup des dépenses déjà décidées. La séquence de travail efficace part de la stratégie et termine par le résumé :

  1. Reprendre les objectifs stratégiques à trois ou cinq ans et les traduire en capacités à acquérir (production, distribution, système d'information, immobilier).
  2. Recenser toutes les demandes d'investissement remontées par les directions, sans filtrage à ce stade.
  3. Chiffrer chaque opération en coût complet : prix d'achat, installation, formation, maintenance, licences, coût de la période de montée en charge.
  4. Estimer le gain attendu et sa date d'apparition, puis calculer un critère de rentabilité comparable pour toutes les opérations.
  5. Classer, arbitrer, et acter par écrit les projets écartés ainsi que le motif du refus.
  6. Affecter un mode de financement à chaque opération retenue, puis rédiger le résumé.

La rubrique la plus souvent bâclée reste l'évaluation des risques. Elle est généralement réduite à quelques lignes génériques. Elle a pourtant une utilité directe en comité de direction : un risque nommé, chiffré et assorti d'une parade se discute, d'évalue.

Distinguer plan, projet et plan de financement d'investissement

Trois documents portent des noms proches et répondent à des questions différentes. Les confondre conduit à présenter au banquier un dossier incomplet, ou à faire valider un projet isolé sans vérifier sa place dans l'ensemble.

Document Périmètre Question traitée
Plan d'investissement Toutes les opérations, sur 3 à 5 ans Dans quoi investir, dans quel ordre, pour quels objectifs ?
Projet d'investissement Une opération unique Cette opération est-elle rentable, et à quelles conditions ?
Plan de financement Ressources et emplois durables Avec quel argent, et quel effet sur la trésorerie ?

Quelle est la différence avec un projet d'investissement ?

Alors que le plan offre une vue générale sur l'ensemble des investissements pour une finalité globale, le projet d'investissement désigne, quant à lui, une opération spécifique qui détaille sa mise en œuvre en termes de coûts, de financement, de rentabilité/bénéfices attendus et d'échéances.

Il peut s'agir :

  • de l'acquisition de matériel et d'équipement,
  • de la conception et de la commercialisation d'un nouveau produit ou service,
  • de l'extension d'une unité de production, etc.

Un projet d'investissement est généralement l'un des éléments constitutifs d'un plan d'investissement global.

L'étude d'un projet d'investissement a pour finalité de trouver un équilibre entre la dépense immédiate et les recettes générées échelonnées dans le temps. Autrement dit, connaître la rentabilité de chaque projet pour faire son choix. Pour ce faire, plusieurs méthodes existent comme : le délai de récupération du capital investi (pay back ou retour sur investissement), le taux de rentabilité interne (TRI)...

A ne pas confondre non plus avec le plan de financement d'investissement

Ce document traite des aspects purement financiers d'un projet. Il détaille les sources de financement (fonds propres, emprunts, subventions, etc.) qui seront utilisées pour couvrir les coûts d'un projet ou d'un ensemble de projets d'investissement.

Dans le cadre de ce type d'opération, les capitaux utilisés sont indisponibles pendant une longue période. Quand une entreprise projette d'investir, 2 questions se posent :

  • Quel investissement réaliser au vu des objectifs fixés ?
  • Comment le financer ?

Ces outils permettent d'arbitrer dans ses projets pour choisir le plus rentable et le plus en phase avec sa stratégie d'entreprise, car rappelons-le, le développement d'une affaire doit être mené d'une manière maîtrisée en élaborant une stratégie pertinente.

Comparer les moyens de financement possibles d'un investissement

Les moyens de financement possibles se répartissent en deux familles : les fonds propres, produits par l'activité ou apportés par les actionnaires, et le financement externe, apporté par un tiers contre rémunération. Il s'agit des ressources destinées à financer des emplois durables.

Les modes de financement à long terme principaux sont :

Comment choisir le mode de financement adapté au projet d'investissement ?

Par exemple, les prêts bancaires permettent de disposer de ressources sans mobiliser ses propres économies et améliorer la rentabilité grâce à un effet de levier, mais, en contrepartie augmentent l'endettement global (dettes financières / capitaux propres - voir les ratios financiers). Ce qui présente un risque pour la société à deux niveaux : le remboursement du nouvel emprunt diminue la flexibilité financière et les intérêts à payer augmentent les charges, ce qui vient grever le résultat d'exploitation.

L'augmentation des capitaux propres par l'ouverture du capital provoque une dissolution du contrôle de la société. Ce qui peut poser à terme des problèmes de gouvernance préjudiciable à la pérennité de la structure.

Un principe de base en matière de gestion financière : un besoin stable doit être financé par une ressource stable.

Il est difficilement imaginable de financer un investissement à l'aide d'une facilité de caisse !

Trois questions suffisent à trancher dans la majorité des dossiers :

  • La durée de financement colle-t-elle à la durée d'usage du bien ? Un matériel utilisé sept ans ne se finance pas sur trois ans, sauf à assécher la trésorerie pendant la phase de montée en charge.
  • Quel niveau d'endettement l'entreprise peut-elle encore supporter sans perdre sa marge de manœuvre face à un imprévu ou à une opportunité de rachat ?
  • Le bien financé est-il facilement revendable ? Un actif standard rassure le prêteur et ouvre le crédit-bail, un actif spécifique oriente vers les fonds propres.

Le coût du crédit reste un paramètre à réactualiser avant chaque arbitrage. Selon la Banque de France, le taux d'intérêt moyen des nouveaux crédits bancaires aux sociétés non financières s'établissait à 3,54 % en décembre 2025, contre 4,18 % fin 2024, avec un taux moyen de 3,51 % pour les PME et de 3,70 % pour les ETI (Banque de France, Stat Info Financement des entreprises, décembre 2025).

Un plan d'investissement bâti sur une hypothèse de taux datant de deux ans fausse mécaniquement le calcul de rentabilité de chaque projet financé par emprunt.

Pour s'assurer de l'équilibre financier entre les emplois et ressources de l'entreprise, le plan de financement est l'outil indispensable. Il s'agit d'un état financier qui permet d'étudier l'effet des projets à long terme de l'entreprise sur la situation de trésorerie des années à venir.

Investissement : avantages et inconvénients des solutions de financement

Plusieurs solutions sont possibles, voici un tableau de synthèse des principaux moyens de financement d'un investissement :

Type Moyens de financement Avantages Inconvénients
Fonds propres Augmentation des capitaux propres

autonomie financière conservée

Pas de frais financiers

Augmentation du fonds de roulement

Dilution du capital

Perte de pouvoir dans la gouvernance

Dépend des capacités financières des actionnaires actuels

Autofinancement

Autonomie financière conservée

Pas de frais financiers

Dépend des résultats de l'entreprise et donc aléatoire

Nécessite de mobiliser des réserves - peut affaiblir l'entreprise

Financement externe Emprunt

Augmentation du fonds de roulement

Déduction fiscale des intérêts

Paiement d'intérêt

Augmentation de l'endettement => perte d'autonomie financière

Crédit-Bail

Dispositif souple

Achat en fin de contrat possible

Redevances (loyers) déductibles, car considérées comme des charges d'exploitation

N'a pas d'impact dans le bilan sur le niveau d'endettement (sans retraitement, voir bilan fonctionnel)

Frais additionnels

Type de biens finançables limités

Subvention d'équipement Coût nul

Ne couvre pas la totalité d'un investissement, vient en complément

Lourd, incertain et démarches longues

Voir aussi plus généralement, le calcul des amortissements (type : linéaire, dégressif - durée, etc.)

Exemple de plan de financement d'investissement commenté

Il concerne l'acquisition d'un véhicule de livraison (exemple tiré de la fiche pratique sur les décisions d'investissement).

Modalités de financement Montant % Observations
Autofinancement 4 000 20 Participation directe de l’entreprise sur sa trésorerie
Emprunt 14 300 65 Emprunt bancaire sur 5 ans, négocié au taux de 4,5 %
Subvention 3 700 15 Subvention pour l’achat d’un véhicule électrique
Total 22 000 100 Le plan de financement couvre la totalité de l’investissement

Ce tableau se lit en trois temps. La part d'autofinancement de 20 % correspond à ce qu'un prêteur attend le plus souvent comme apport minimal : elle signale que l'entreprise engage sa propre trésorerie et partage le risque. L'emprunt sur cinq ans reste aligné sur la durée d'usage attendue du véhicule, ce qui respecte le principe d'adossement des ressources aux emplois. La subvention, enfin, ne finance qu'un complément.

Le taux de 4,5 % illustre la nécessité d'actualiser les hypothèses : à 3,5 %, l'économie d'intérêts sur un emprunt de 14 300 € amortissable sur cinq ans dépasse 350 €, soit un ordre de grandeur qui peut suffire à faire basculer un arbitrage entre deux projets proches.

Les erreurs qui rendent un plan d'investissement inutilisable

Un plan d'investissement échoue rarement sur un calcul faux. Il échoue sur des angles morts répétés d'une entreprise à l'autre :

  • Chiffrer le prix d'achat au lieu du coût complet. Formation, maintenance, licences logicielles, perte de productivité pendant la bascule : ces postes représentent régulièrement le tiers du budget réel d'un investissement industriel ou informatique.
  • Traiter une subvention comme acquise avant notification. Tant que l'accord n'est pas écrit, la ligne correspondante reste un besoin de financement à couvrir autrement.
  • Financer un besoin durable par une ressource courte. Découvert, facilité de caisse ou crédit de trésorerie affectés à un équipement : le montage tient jusqu'aux premières tensions sur la trésorerie.
  • Ne prévoir aucune revue après validation. Sans point d'étape ni suivi des écarts, les dépassements se découvrent à la clôture.

PRATIQUE

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Laurent.granger.2.m

Auteur - Laurent GRANGER

Fondateur de Manager-go.com, Laurent partage depuis 2008 des outils et méthodes concrètes pour aider les cadres à mieux piloter leur activité. Diplômé d'une école de commerce et titulaire d’un DESS en diagnostic d’entreprise (IAE Lyon 3), il met à profit plus de 30 ans d’expérience plurifonctionnelle en entreprise, du développement commercial et marketing au pilotage organisationnel.
Auteur de plus de 800 contenus pratiques, lus chaque année par des centaines de milliers de professionnels, il s’attache à transmettre des approches applicables, alliant expérience terrain, pédagogie et sens pratique.


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