Eviter l'effet de groupe en réunion

Maj le 29/10/2019 par Raphaële GRANGER

Lorsqu'on mène une réflexion collective, il n'est pas rare que l'effet - l'influence - du groupe biaise les décisions prises. Chacun des participants partant du principe que personne n'ayant objecté la solution proposée, tous l'approuvent tacitement. Ce qui aboutit parfois à des décisions semblant faire consensus alors qu'il n'en est rien. Comment éviter ce phénomène ?

Qu'est-ce que l'effet de groupe ?

La psychologie sociale a largement étudié le sujet et déterminé que la pensée de groupe influence bel et bien nos décisions, avis, jugements, etc.

Irving Janis, chercheur américain en psychologie, définit dans les années 70 le concept de pensée de groupe. Il met en évidence le processus qui amène les membres d'un groupe à réfléchir dans l'objectif d'un consensus global plutôt que de manière factuelle et réaliste.

Le besoin de trouver un accord, un consentement collectif et ainsi appartenir au groupe surpasse alors celui de formuler une critique, proposer une solution disruptive, mettre les pieds dans le plat ou bien encore se faire remarquer par ses divergences d'opinions. 

Une décision ainsi prise peut parfois n'être finalement qu'un pseudo consensus. En effet, elle a été consentie par le groupe en tant qu'entité. Si chacun avait dû prendre une décision de manière individuelle, ça n'aurait très certainement pas été celle-ci.

Les causes de l'influence de groupe

  • Normalisation : situations, traditions, habitudes non régies par des normes claires, mais que chacun a adoptées plus ou moins par mimétisme.

    Ex : venir en réunion avec son smartphone, car les autres participants le font, arriver à la réunion avec 2 minutes de retard (pour ne pas faire celui/celle qui n'a rien d'autre à faire), s'asseoir toujours à la même place en évitant soigneusement de prendre la place occupée par un supérieur hiérarchique la fois précédente, etc.

    Ce peut également être le sentiment que l'on décide mieux à plusieurs, la réflexion étant étayée de multiples points de vue. L'individu se soumet alors à la majorité, partant du postulat que celle-ci a forcément raison.

  • Conformisme : normes, règles édictées par la société auxquelles l'individu se plie pour se conformer à ses semblables, ne pas s'attirer d'ennuis, appartenir au groupe ou montrer cette appartenance à ce dernier.

    Ex : un individu va utiliser telle technique d'animation de réunion parce que c'est ce qui se pratique dans son entreprise. Même si cette dernière n'est, à ses yeux, pas la plus adaptée. Un autre va s'autocensurer et rallier la cause de ses collègues pour ne pas risquer d'être exclu du groupe. 

  • Soumission à l'autorité : ou pression hiérarchique, syndrome du petit chef, mode de management vertical...

    Ex : on ne contredit pas un supérieur ou un expert reconnu.

  • Stéréotypes : pouvoirs des rôles, responsabilités et positions hiérarchiques au sein de l'entreprise et/ou du groupe de réflexion. 
  • Peur du conflit : certains préfèrent se conformer aux idées/décisions/avis du groupe plutôt que de formuler leur propre opinion qui risquerait d'induire des tensions, voire un conflit.
  • Pression de maintenir une excellente cohésion de groupe : face à l'injonction parfois trop pressante de maintenir une entente et une coopération en parfaite harmonie au sein des équipes, le groupe peut se laisser aller à prendre des décisions allant dans ce sens, mais pas forcément dans celui de l'efficacité ou de la résolution d'un dysfonctionnement quelconque.
  • Pression hiérarchique : explicite ou implicite, elle influe et pèse sur le groupe tout entier. C'est le cas lors d'ateliers dédiés à la résolution de problèmes, par exemple. Les personnes convoquées peuvent plus ou moins consciemment ressentir l'obligation de trouver la - bonne - solution au problème donné, sans quoi elles décevraient leur hiérarchie.

    Ex : le groupe de travail est réuni en urgence pour trouver une solution à un dysfonctionnement précis, un consensus doit impérativement et rapidement être obtenu. Les participants vont axer leur réflexion principalement dans ce sens, parfois de manière irrationnelle, plutôt que de chercher des solutions plus pertinentes qui ne feraient pas l'unanimité ou qui prendraient davantage de temps à implémenter.

  • Déresponsabilisation : lorsque l'on prend une décision seul, on est seul entièrement responsable des conséquences. Lorsque l'on décide à plusieurs, la responsabilité revient au groupe, et non aux individus, qui n'endosse qu'une part de responsabilité.

    Ex : le groupe a opté pour une solution qu'il sait être source de mécontentement au sein de l'entreprise ou du service. Chacun de ses membres peut se délester de sa responsabilité en avançant la supériorité du groupe et/ou de la majorité.

  • Rationalisation : lorsqu’un groupe se persuade, malgré les faits attestant le contraire, que la décision prise est la meilleure.

    Ex : les opposants n'ont pas toutes les cartes en main, ils n'ont pas notre expérience, notre expertise, etc. 

  • Excès de confiance : un groupe ayant jusque lors pris les bonnes décisions, trouvé les solutions les plus adaptées, etc. peut se sentir pousser des ailes et s'autoriser à décider rapidement sans analyser la situation dans le détail sous prétexte que ses décisions sont toujours les meilleures.
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Les symptômes de l'effet de groupe

Lorsque l'on est chargé d'animer une réunion, il est intéressant de repérer les signes d'influence du groupe afin de recadrer les choses et faire en sorte que les décisions prises soient bel et bien les meilleures et non simplement de vagues consensus.

Ainsi, l'animateur ou le manager peut s'interroger dès qu'il perçoit les éléments suivants :

  • des participants peu enclins à partager leurs opinions, regards fuyants, gêne dans les débats,
  • un membre du groupe "leader" aux yeux des autres, charismatique avec une forte capacité de persuasion,
  • un groupe trop soudé, peu disposé à débattre sur des sujets délicats ou hautement sensibles, conflictuels,
  • un groupe pas assez éclectique quant aux personnalités, postes, façons de penser en présence,
  • une pression extérieure à obtenir un consensus trop forte, suite, par exemple, à de récents mauvais résultats,
  • un excès de confiance dans le groupe.

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Comment éviter l'influence du groupe ?

La réflexion collective, lorsqu’adéquatement réfléchie, est un puissant levier de performance. Il est essentiel pour l'animateur / le manager de s'assurer que les échanges se font de manière fluide, sans censure, quelle qu'elle soit, que les décisions sont prises après avoir analysé les différents impacts, risques, etc.

Les conséquences de décisions prises sous influence du groupe sont de natures diverses et peuvent avoir de lourdes conséquences :

  • frustration des membres ayant adhéré à la décision sans le vouloir réellement,
  • mauvaises décisions,
  • tensions et conflits ultérieurs au sein du groupe,
  • démotivation, 
  • explosion du groupe,
  • inefficacité de la réflexion collective,
  • etc.

Si l'animateur remarque des signes d'influence du groupe pendant une séance de réflexion collective, il est important qu'il le souligne auprès des membres dudit groupe et entame un échange autour de ce sujet. Il peut, notamment, rappeler les risques et conséquences d'un tel phénomène, les objectifs de la réunion, etc. Par ailleurs, s'il sent qu'un membre du groupe est raillé ou mis de côté, il doit agir adéquatement et ramener clame et sérénité autour de la table. Rappeler les règles de savoir-vivre, savoir-être, etc.

Dans le doute d'une décision prise sous l'effet de groupe, il peut être opportun de demander un avis ou une validation tierce.

Favoriser la réflexion collective tout en stimulant la différence

Quelques pistes peuvent être explorées afin de limiter l'effet de groupe, notamment dans le cadre de la prise de décision.

  • Donner la parole aux introvertis et silencieux, veiller à faire respecter les temps et prises de parole, 
  • Utiliser des méthodes de réflexion collective favorisant la créativité :  brainstorming , 6 chapeaux de la réflexion  , etc.
  • Gérer les éventuels dérapages dans les discussions ,
  • Encourager les débats d'idées et avis non conformistes, explorer toutes les possibilités, 
  • Adopter une démarche similaire pour toutes les propositions : analyse objective et factuelle des risques, impacts, conséquences, points forts/faibles, 
  • Demander à tous les participants de noter les pour/points positifs et les contre/points négatifs de la décision en passe d'être retenue (si nécessaire, pour limiter encore davantage l'effet de groupe ou dans le cadre d'un participant hautement persuasif et charismatique, ceci peut être réalisé de manière anonyme),
  • Savoir admettre les erreurs et revenir en arrière si besoin,
  • Valoriser les différences, les différences de personnalités, mettre en avant l'intelligence collective et la coopération,
  • Réfléchir en sous-groupes si nécessaire (méthode Philips 6x6 par exemple),
  • Voter les décisions de manière anonyme.

Ce dossier est référencé dans : Réunion de travail : votre rôle d'animateur - Organiser et conduire efficacement une réunion

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