Et si on jouait pour mieux travailler ?

Publié le 03/04/2015 - Mis à jour le 15/09/2017
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Tripalium : instrument de torture à 3 poutres.

Voici donc l’origine du mot travail. Pas étonnant qu’en parlant de travail on ne pense pas spontanément à l’épanouissement personnel ou au bonheur. En effet en France on récence moins d’une personne sur 10 engagée dans son travail*. On passe près de 16 ans de sa vie en réunion** et près de 30% des personnes interrogées avouent s’y être déjà endormies***. Pire, 94% des cadres déclarent être stressés****. Effectivement, présentée de cette façon la situation est loin d’être réjouissante.

Qu'est-ce qui nous pousse à aller travailler ?

Mais pourquoi en sommes-nous là ? Peut-être parce que nous avons perdu de vue une notion essentielle qui a presque disparu du monde du travail avec l’avènement du monde moderne et industriel : le sens. Qui ne s’est jamais posé cette question fatidique au moment où l’on allume le contact de sa voiture pour se rendre au travail : mais au fait pourquoi j’y vais ? Découper une activité en taches unitaires, chacune sous la responsabilité d’une direction différente, le tout orchestré par un processus dont personne ne comprend réellement la finalité, avouez que ça n’aide pas à redonner du sens à ce que l’on fait. Ce sont les hommes qui doivent faire tourner les processus et pas l’inverse.

Et si pour répondre à cet environnement morose et sclérosé on introduisait un peu de fun ? Si on jouait pour travailler ? Je sais ce que vous allez me répondre, le jeu ce n’est pas sérieux et ça n’a rien à faire dans le monde de l’entreprise. Et pourtant… Nous sommes tous des joueurs. Barack Obama, un paysan en Bretagne ou un sumo au Japon n’ont à priori pas grand-chose en commun si ce n’est qu’ils ont tous joué. Je dirais même plus qu’ils se sont tous construits par le jeu. Comme tous les animaux dotés d’une boîte crânienne d’ailleurs. C’est quelque chose d’universel. Pas étonnant que l’on retrouve le jeu un peu partout dans notre quotidien. Le jeu c’est plus de 11 milliards de mise par an en France, en s’appuyant uniquement sur les chiffres de la Française des Jeux. Le jeu c’est plus de 20 millions de gamers en France qui jouent régulièrement aux jeux vidéo. Le jeu est réellement partout, à la télévision, sur les réseaux sociaux… Partout sauf dans le monde de l’entreprise. C’est bien dommage, car pourtant c’est un moteur puissant qui véhicule des valeurs fortes.

Le jeu, un puissant levier de motivation par les valeurs

Le jeu c’est l’esprit d’équipe, s’oublier pour faire triompher le groupe. Le jeu c’est la créativité, s’autoriser à prendre des risques dans un environnement sécurisant pour réussir à sortir du cadre et à libérer sa créativité. Le jeu c’est aussi l’engagement. Souvenez-vous de ces enfants plongés corps et âme dans leur jeu à tel point que le monde extérieur n’existe plus. Ils sont totalement engagés dans ce qu’ils font et utilisent toutes leurs capacités pour atteindre leur objectif. On appelle cet état le flow . Et puis le jeu propose toujours des objectifs ambitieux, mais réalistes. C’est le propre d’un bon jeu, et c’est pour ça qu’on va tenter de se surpasser et de gagner. Enfin le jeu c’est le plaisir. Lorsque l’on joue, notre cerveau nous gratifie en commandant la sécrétion de dopamine, une hormone du plaisir. Imaginez un instant que l’on puisse transposer tout ça dans le monde du travail : jouer pour créer l’esprit d’équipe, recréer l’engagement et surtout ramener du plaisir dans nos contextes professionnels.

À y regarder de plus près, le jeu a déjà fait quelques apparitions timides dans le monde de l’entreprise. Le monde de la formation a compris depuis quelques années que jouer était certainement la meilleure façon d’apprendre et propose des serious game, des jeux vidéo à but pédagogique, qui reprennent les leviers du jeu pour transmettre des compétences ou des connaissances. Mais ce phénomène de ludification ne s’arrête pas là. Elle peut l’appliquer à toutes les activités de l’entreprise.

Transformer son boulot en jeu, une perspective intéressante

Connaissez-vous par exemple HABITRPG ? Une application mobile qui gère vos "to do lists" comme un jeu. Chaque fois que vous réalisez des tâches, vous gagnez des points et pouvez faire évoluer votre personnage à la  manière des jeux de rôle. Plus généralement, la ludification pourrait bien envahir les entreprises à moyen terme. Gartner prévoit qu’en 2014, 70% des 2 000 plus grandes organisations mondiales auront recours à la ludification pour doper la productivité de leurs salariés.

LEGO a bien compris cette tendance puisqu’ils proposent une offre spécialisée pour les professionnels : LEGO Serious Play . Vous voulez créer de nouveaux produits ou services, partager une vision ? Vous n’êtes pas obligé de vous enfermer dans une réunion interminable qui aboutit rarement à des résultats satisfaisants. Vous pouvez aussi jouer aux LEGO. Utiliser ce média pour exprimer ses idées et co-construire, c’est un moyen simple de remettre du fun et de l’efficacité dans le monde du travail.

Cette approche n’est pas anecdotique. De nombreuses startup de la Silicon Vlley ont compris que le jeu était un des meilleurs moyens de développer l’engagement et la créativité de leurs salariés. Chez Google par exemple, 10% du temps des ingénieurs est dédié au jeu. Le jeu qui permet de créer du lien, de faire circuler les idées et de stimuler la créativité. Pas étonnant que l’on retrouve dans toutes ces entreprises des salles de billards, flippers et autres baby-foot.

Mais le jeu peut aussi se pratiquer au quotidien dans presque toutes les situations de travail : démarrer une réunion, résoudre un problème, prendre une décision, faire un brainstorming… Tout ceci peut se faire sous forme de jeu. Pour preuve les excellents livres « Gamestorming » de James Macanufo, Sunni Brown et Dave Gray ou encore « Innovation Games » de  Luke Hohmann.

Nous pouvons tous, grâce au jeu redonner du sens à ce que nous faisons et retrouver cette notion de plaisir, alors à vous de jouer !

 

* Rapport Gallup de 2012

** Concerne les cadres français sur une carrière d’en moyenne 40 ans. L’étude a été réalisée par le cabinet Perfony

*** Etude menée par l’IFOP sur les cadres français

**** Etude menée par Cadreo en 2014

 

A propos de l'auteur


  S Lopez Sacha LOPEZ

Facilitateur, agilitateur et membre du collectif les artisans du changement, Sacha est le fondateur du WORKLAB, cabinet de conseil spécialisé dans le collaboratif et les nouvelles façons de travailler.
Il est également co-créateur du blog "Life is a serious game" qui promeut l’utilisateur du jeu et des nouvelles façons de travailler dans les organisations.

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