Autorité et Management : Quelles évolutions à l'ère du numérique ?

Publié le 27/05/2016 - Mis à jour le 22/03/2017
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Etre « un bon Manager » ou tout du moins être considéré comme tel, n’est assurément pas donné à tout le monde. Qui plus est de nos jours, tant les attendus, rôles et contextes sont devenus plus ambigus et complexes au fil de ces dernières décennies. Les fondements de l’autorité managériale eux-mêmes ont été progressivement reconsidérés, remis en cause, et continuent à l’être, notamment en raison des évolutions sociétales, organisationnelles, culturelles et technologiques.

Et cela, généralement, sans que les Managers n’en aient réellement pris conscience et n’aient été accompagnés dans ces nouvelles dynamiques et ces changements. D’autant, que la notion d’autorité inhérente au rôle de Manager relève plus largement de l’implicite que de l’explicite. Il en résulte dès lors que ses contours n’ont cessé de devenir de plus en plus flous au cours du temps.

Plusieurs dimensions dans l'autorité

L’autorité du Manager peut, en effet, être fondée sur plusieurs dimensions plus ou moins marquées. Qu’il s’agisse :

- de la dimension « hiérarchique et de contrôle » jusque là prédominante depuis le début du XXème siècle et corollaire à la position de subordination des salariés,

- de la dimension « charismatique » et plus individuelle du Manager,

- de la dimension relative aux aptitudes, compétences et expériences de celui-ci.

En outre, la question même de l’autorité dépasse également le Manager. Ceci dans le sens où elle est par ailleurs tributaire de la culture de l’entreprise, de son organisation et de plus en plus de ses modalités de flux d’informations, tout comme de l’émergence de nouvelles exigences de la part des collaborateurs.

Quand le numérique révolutionne l'autorité

L’exemple de la gestion et validation des congés est en ce point symptomatique de l’évolution du rôle du Manager. Si par le passé le Manager était spécifiquement sollicité par ses collaborateurs et en interactions relationnelles s’agissant de la planification et de la pose des congés, aujourd’hui, dans bien des entreprises la réalité est devenue substantiellement différente. Les organisations ayant ainsi progressivement mis en œuvre des flux informatisés de demandes et validations de congés, combien se retrouvent aujourd’hui avec des processus via lesquels les collaborateurs font directement leurs demandes en ligne sans qu’il n’y ait plus particulièrement d’échanges avec leur Manager ? Des Managers, qui par ailleurs noyés sous le flux des mails passent alors, pour certains, à côté des demandes de validation et se retrouvent à être relancés par les RH pour n’avoir cliqué dans les temps sur le bouton « valider ». Ou pire, se retrouvent devant le fait accompli de l’absence de leurs collaborateurs, pour quelques jours de congés, dans les cas de demandes considérées comme « validées par défaut » en l’absence de refus explicites.

Et que dire du positionnement du Manager, embarqué avec son équipe dans des organisations devenues matricielles, permettant à ses collaborateurs d’entrer plus directement en interactions avec leurs parties prenantes. Ceci, quelles que soient leurs positions dans l’organisation, notamment grâce aux développements des modes projets et de moyens de communication sans cesse plus facilitants et collaboratifs ? Ou des Managers, qui composent progressivement avec des dispositifs d’interactions et d’identification des compétences de leurs collaborateurs, indépendants des flux d’évaluations managériaux habituels ? Combien de Managers sont ainsi susceptibles d’en apprendre plus sur leurs collaborateurs, via des réseaux et médias sociaux comme Linkedin, Viadeo, Twitter, etc. que sur la base des outils RH en place dans leur entreprise ?

De nouveaux enjeux pour les managers

Dès lors, quelles posture et approche développer en tant que Manager, à l’ère du numérique ? Tant en écho à de nouveaux attendus, qu’en regard des changements de règles du jeu, où dans un monde dans lequel l’information est devenue plus accessible, instantanée, transverse, le Manager est de moins en moins en position de « courroie de distribution » descendante et ascendante. Autant de nouvelles réalités qui l’amènent à faire face à de nouveaux enjeux de différenciation, et à se recentrer de plus en plus sur d’autres approches managériales, que celles sur lesquelles il s’appuyait jusque-là.

Alors, dans cette perspective, pourquoi ne pas tout simplement commencer en tant que Manager, par se reconnecter au sens même et étymologique de la notion d’autorité, et donc à l’idée de « celui qui augmente », « qui fait grandir » ?

Le Manager devenant ainsi un « catalyseur de talents », « un libérateur de potentiels et d’initiatives », un « facilitateur interpersonnel », au service tant de l’individu que du collectif , dans sa capacité à développer la collaboration, à favoriser la créativité, à traiter les conflits interpersonnels, à faciliter les conditions de la motivation et de l’engagement. En d’autres termes, autant de composantes plus particulièrement propices à le légitimer à l’ère actuelle, aux yeux de ses collaborateurs. Et donc à développer une autorité fondée sur la confiance et résultant de fait, plus naturellement, sur des compétences, des aptitudes et des comportements centrés sur les relations humaines.

En tout état de cause, un Manager en capacité « d’augmenter, de développer, de faire grandir » ses collaborateurs, son équipe, suscitera aujourd’hui plus particulièrement l’adhésion et la reconnaissance de ses collaborateurs, qu’un Manager privilégiant une posture de contrôle et de référence à son statut dans l’organisation, en cas de problèmes . C’est d’ailleurs généralement bien en raison d’un déficit d’autorité naturelle, de légitimité reconnue, qu’un Manager est alors plus susceptible de basculer dans « l’autoritarisme », la contrainte, le «  je suis ton Manager, je te demande de faire ceci, et c’est comme cela… ». Et en l’occurrence, moins une décision managériale est comprise et acceptée par un collaborateur, moins elle fait autorité, et donc plus elle nécessite potentiellement la mise en œuvre d’actions contraignantes pour la rendre effective.

Lâcher prise

Toutefois, il n’en demeure pas moins que s’extraire d’une posture hiérarchique n’est en cela pas foncièrement évident, tant cela requière une capacité à lâcher-prise et à dépasser certaines peurs, certaines croyances liées à son rôle, son pouvoir et son positionnement dans l’organisation. D’autant que nous vivons par ailleurs une ère quelque peu « schizophrénique ». Celle-ci combinant à la fois l’idée pour le Manager d’accepter et de permettre plus largement l'échec, pour favoriser au sein de ses équipes des démarches plus agiles et innovantes, tout en restant dans un cadre de fonctionnement régi par la subordination, induisant de fait le respect des règles et le pouvoir de sanction.

Autant de réalités qui impliquent pour le Manager de développer de plus en plus son intelligence émotionnelle, son courage managérial, et son intérêt à apprendre à mieux connaître ses collaborateurs, à mieux appréhender leurs facteurs de motivation, leurs besoins, leurs forces, leurs charges de travail et potentiels. Tout en travaillant de plus en plus à faire abstraction de son égo, il s’agit pour lui de s’ouvrir plus largement aux idées des membres de son équipe, d’accepter leurs montées en autonomie et à leurs rythmes individuels, et d’intégrer l’idée que d’avoir l’ambition managériale du développement de ses collaborateurs, c’est l’opportunité de dégager du temps, de nature à favoriser son propre développement et sa propre évolution.

Au final, ce n’est plus tant aujourd’hui l’autorité au sens « hiérarchique » qui fait le Manager, c’est à l’inverse la qualité de son management qui « fait autorité », et qui fonde la reconnaissance que peuvent en avoir les collaborateurs. Et en cela, plus les interactions numériques se développent, plus il devient crucial en tant que Manager d’être réellement en lien avec ses collaborateurs et de miser sur des interactions humaines de valeur.

 

A propos de l'auteur


f mischler Frédéric MISCHLER

Professionnel de la fonction RH et passionné par le champ des possibles en matière d'innovations RH, il porte l'idée qu'il est nécessaire aujourd'hui d'accompagner la transformation de la fonction RH.
Frédéric anime en ce sens des communautés d'apprentissage de professionnels RH et intervient sur ces thématiques à l'occasion de formations RH, missions de conseil et conférences RH.
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