Apprenti Manager

Publié le 07/10/2016 - Mis à jour le 09/11/2018
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Voilà, ça y est. Jusqu’ici, les managers, c’était les autres. Vous les regardiez faire, en vous demandant comment vous vous y prendriez, vous-même, plus tard… Et aujourd’hui c’est vous !

Vous allez prendre un poste de manager, de nouvelles responsabilités pour lesquelles vous pouvez vous sentir prêt ou non.

Vous ressentez peut-être le besoin de vous former, de vous préparer, d’acquérir des (bonnes) pratiques, de travailler votre posture : et pourquoi pas placer quelques repères sur la route qui se dessine devant vous. En revanche, la pire chose à faire, probablement, serait de chercher à être absolument préparé(e) avant d’y être...

Car vous allez manager demain, pour la première fois. Et comme dans chaque nouvelle expérience de votre existence, vous ne savez pas à l’avance comment vous réagirez. Peut-être la posture sera-t-elle naturelle, peut-être pas ; peut-être vous sentirez-vous à l’aise dans certaines parties du rôle, peut-être pas ; peut-être découvrirez-vous que vous aimez cette mission d’accompagner une équipe, mais que poser un cadre est difficile pour vous (ou l’inverse).

La découverte in situ

Comme l’adolescent qui s’apprête à donner son premier baiser, comme la mère dont l’accouchement approche, celui qui va manager va, avant tout, (se) découvrir. Il peut chercher à préparer cette expérience - comme l’adolescent qui se renseigne précisément sur le geste, comme la mère en devenir qui dévore les ouvrages décrivant l’art d’être une bonne mère. Mais alors, tout à l’application rassurante de préceptes issus de l’expérience des autres, sera-t-il disponible pour vivre sa propre expérience et en apprendre, sur mesure et in situ, ce dont il a besoin pour devenir manager ? Et même… quel effet peut avoir sur le savoir-être du manager, composante essentielle, le fait d’appliquer un savoir-faire prêt à l’emploi ?

Nous le voyons dans les accompagnements de manager, en coaching et en formation : c’est, souvent, une fois effectués ses premiers pas que le manager découvre ce qu’il a besoin d’apprendre, ses points forts et axes de progrès. Alors seulement il peut vraiment bénéficier d’éclairages sur sa pratique, que ce soit par des lectures, des échanges, des formations, un coaching…

Martin a pris en charge une équipe depuis deux mois, il s’est découvert très “orienté résultat” et sait maintenant que pour “bien” manager il a besoin de travailler son écoute et sa capacité à faire adhérer. Naomi s’est rendue compte qu’elle laisse une très grande autonomie à son équipe, et que cela ne répond pas au besoin de tous (elle a besoin d’apprendre à encadrer et accompagner). Floriane s’est surprise dans l’exercice du management, elle se pensait trop jeune pour être crédible, et finalement, sa disponibilité et sa détermination ont fait l’unanimité dans l’équipe. Tous trois ont gagné du temps en commençant par vivre l’expérience naturellement, avant de se servir du feedback pour modifier leur manière de faire. Ils ont pris un risque, peut-être ; celui de paraître maladroit, d’hésiter parfois, de se tromper… ou de tomber juste du premier coup sans l’avoir appris, qui sait ?

Ils ont assumé ce risque d’autant plus facilement qu’ils l’avaient annoncé : “C’est mon premier poste de manager, je vais commencer par observer et vous écouter”, “Pour le moment, je ne changerai rien à l’organisation de l’équipe, je commence par me faire une idée précise”, etc. Quand on conduit avec un “A” collé à l’arrière de sa voiture, personne ne s’attend à une conduite parfaite ; celui qui, en revanche, veut paraître expérimenté avant d’avoir acquis l’expérience, s’expose bien plus sûrement à la critique, en tout cas à l’inconfort, au stress, à la peur de ne pas être à la hauteur… Pourra-t-il bien apprendre à manager dans ces conditions ?

C'est en manageant que l'on devient manager

Il y a comme un paradoxe à l’idée de manager pour la première fois : c’est que la fonction de manager porte en implicite, pour une partie des collaborateurs, la compétence et la maîtrise. Si l’on est manager, c’est qu’on est compétent (en management ?) ; or la compétence managériale ne s’apprend qu’en manageant... Pour sortir de ce paradoxe, la position basse, celle qui consiste à se dire  “je ne peux pas savoir avant d’avoir appris” me semble une clé, au travers d’une posture d’humilité, d’ouverture, une posture d’apprentissage.

Le risque ? Paraître peu sûr de soi, peut-être ; inquiéter l’équipe ? ; ou encore, ne pas “asseoir son autorité”, comme on l’entend dire parfois ? Peut-être ! Il est des équipes en demande d’un chef qui les prend en main, des environnements exigeants, des N+1 impatients. Mais est-ce en leur montrant une assurance de façade que le manager réussira dans sa mission ? A ces questions, chaque apprenti manager aura ses propres réponses. Il choisira de placer son propre curseur sur une ligne entre la position basse (le “A”) et la position haute (sans “A”, conducteur confirmé), selon ses besoins et le contexte dans lequel il manage pour la première fois.

“L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs.”

Oscar Wilde,   L'éventail de Lady Windermere

 

"Qui n'apprend pas à échouer, échoue à apprendre"

A propos de l'auteur


k aubry Karine AUBRY

Coach certifiée

Membre de l’AEC-EMCC – Association Européenne de Coaching

Formée à l’Ecole Française de Coaching Devenue coach après 15 ans d’expérience en conseil, management de projets & équipes dans l’IT, communication et marketing. Accompagnement de dirigeants et managers, en particulier sur leurs compétences relationnelles, leur leadership, leur posture et savoir-être.

Son blog : L'Oeil du Kolibri
Son site professionnel : http://www.kolibricoaching.fr

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